Un sommelier à Moscou

Malgré certaines apparences, le métier de sommelier prend peu à peu de l’expansion, et la preuve nous en a été donnée, et de belle façon, mais cette fois-ci à Moscou. Bien sûr, on peut se demander comment, dans un pays avec autant d’inégalités sociales, on peut imaginer intéresser des jeunes à cette profession. Eh bien, j’en ai fait l’agréable et enrichissante expérience pendant le Trophée Ruinart du Meilleur Sommelier de Russie, que je supervisais fin janvier dernier.

J’admets que c’est curieux de penser que pendant que nous avons encore du mal à convaincre des restaurateurs de chez nous d’embaucher des sommeliers, leurs collègues de ce pays (aux prises avec d’énormes difficultés économiques), essayent de satisfaire une clientèle avide de bonne cuisine et de vins fins.

Je suis bien conscient que cette cuisine raffinée est réservée à la fois aux étrangers de passage – et en moyen – ainsi qu’aux Russes bien nantis, peu importe la fortune, ancienne ou soudaine, propre ou moins propre. Le plus étonnant dans tout cela, ce sont ces superbes restaurants magnifiquement décorés, spacieux et invitants, qui poussent à Moscou comme des champignons… À rendre jaloux bien des restaurateurs d’ici. C’est que la cuisine est tout à fait à la hauteur (avec l’aide de quelques chefs importés) et l’accueil, d’une grande gentillesse et d’une extrême courtoisie. Que dire des cartes des vins ? Tout simplement renversant, tant dans le choix (Français d’abord, puis Italien, Espagnol, etc.,) la diversité, l’équilibre et… les prix ! À faire aimer et apprécier les tarifs doux et raisonnables que l’on pratique généralement au Québec.

Le Trophée Ruinart a commencé avec trente candidats ; 22 hommes et 8 femmes. Comme pour tous les trophées Ruinart qui se déroulent dans plus de trente pays d’Europe, un questionnaire a été soigneusement préparé, et tous les candidats étaient soumis à une dégustation de vins et de spiritueux. Le lendemain, 10 demi-finalistes étaient sélectionnés pour les épreuves de décantage et de dégustation orale. Pour avoir surveillé toutes les épreuves et présidé le jury de dégustation (avec l’aide d’excellents interprètes), j’ai été étonné par l’application avec laquelle les candidats et candidates se sont exécutés. Si le niveau n’était pas toujours impressionnant, on sentait un désir de bien faire et de donner la meilleure prestation. Tout cela en fonction d’une formation qu’on a – ou pas, hélas – reçue.

Le tout s’est terminé en fin d’après-midi avec une finale fort intéressante devant public. Au cours de celle-ci, l’accord des mets et des vins, la dégustation et la reconnaissance de produits – dont le fameux Marathonien Vendanges Tardives (de Lyne et Jean Joly), que j’avais glissé dans mes valises -, le service des cigares, la correction d’une carte erronée, et l’ouverture et le service d’une bouteille de champagne étaient au menu. À l’issue des épreuves, Juliana Grigorevia, jeune sommelière de 28 ans au restaurant Saint Michel à Moscou, s’est mérité le premier Trophée Ruinart du meilleur sommelier de Russie. Chose certaine, cette jeune femme et les deux très bons candidats qui se sont inclinés devant elle venaient d’inspirer à leur tour, des dizaines de jeunes professionnels de ce grand pays, qui feront tout pour se surpasser.

* Cette maison de Champagne, la plus ancienne, date de 1729.

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