Okanagan Valley, au cas où…

Au cas où vous envisagez une escapade vers l’Ouest, pensez à la Colombie-Britannique et à Okanagan Valley, dont le lac du même nom reste l’élément naturel déterminant. Située à environ 250 kilomètres à vol d’oiseau du Pacifique, la vallée de l’Okanagan jouit d’un écosystème viticole remarquable. Elle ne reçoit que 280 millimètres de précipitations annuelles, et son climat aride offre au vigneron un ciel d’un bleu d’azur pendant toute la période végétative. De Vernon à Osoyoos, en passant par Kelowna, Penticton, Okanagan Falls et Oliver, certains Québécois se souviendront de leur expérience de cueilleur de fruits pour financer en partie leurs études mais aussi se payer un beau voyage.

Aujourd’hui, la vigne a trouvé là un terroir d’élection qu’on soupçonnait à peine voilà 15 ans. Il fallut procéder à l’arrachage d’une bonne partie des hybrides qui ne donnaient comme on s’en doute, que de tristes piquettes. Je me souviens d’un voyage d’exploration dans cette magnifique région, il y a de cela 26 ans. Mon plaisir de dégustateur se portait plus sur la bière bien fraîche et les juteux abricots que sur les vins d’une accablante minceur que les producteurs osaient nous présenter.

De retour en septembre dernier d’un séjour d’une semaine dans ce coin béni des dieux, je peux vous dire que tout a changé, et qu’il ne faut surtout pas minimiser ce changement, loin de là. En 1988, suite au traité de libre-échange et à la menace de la concurrence des vins californiens, la viticulture de la vallée de l’Okanagan s’est prise en main.

Aujourd’hui, la plupart des plants ont moins de dix ans et la proportion blanc rouge s’est modifiée avec une diminution du blanc pour un ratio à peu près équivalent, sans oublier les fameux vins de glace qui font leur marque depuis quelques années. On y trouve les cépages qui font la gloire des vignobles du nouveau monde, mais les microclimats ont une grande influence. C’est ainsi que l’on trouve le plus souvent des cépages plus précoces comme le chardonnay et les pinots dans le sud de la vallée, et plus au sud encore dans les vignobles d’Oliver et d’Osoyoos, riesling, merlot, et les cabernets qui s’y plaisent fort bien.

La vallée de l’Okanagan est dotée de conditions idéales. Jugez en: peu de parasites et pas de risques de pourriture grâce à un climat très sec. L’intensité et la qualité de la luminosité activent le processus végétatif, la température autour de 15 degrés à l’approche des vendanges favorise également un potentiel aromatique et une intensité colorante. La conduite de la vigne se fait intelligemment: les sols sont enherbés et l’on pratique dans cette zone aride une irrigation indispensable, par aspersion ou au goutte-à-goutte. Et puis, les sols pauvres en argile, d’origine volcanique, de schistes, de basaltes et de granite ne sont pas étrangers à la qualité des vins de cette région protégée par Bacchus et Dionysos.

Enfin, et c’est primordial, on peut compter aujourd’hui sur des hommes et des femmes qui ont fait de la qualité une priorité. On dénombre environ 80 caves issues d’un concept qui s’inspire du modèle californien. Je pense entre autres à l’impressionnant et futuriste Mission Hill, à Quail’s Gate et à ses délicieux pinots noirs, à Sumac Ridge, connu pour son cabernet sauvignon. De l’autre côté du lac, au nord de Penticton, de belles propriétés telles que Hillside Cellars et St Hubertus élaborent des vins savoureux. Plus au sud, autour d’Okanagan Falls, on trouvera Blue Mountain, Tinhorn Creek et une de mes caves préférées, Hawthorne Mountain. Bien entendu, on ne peut passer sous silence les vignobles d’Inniskillin, maison bien connue à Niagara, implantée sur les bords du Lac Osoyoos et figure de proue de la région. C’est ici que se trouve également le domaine NK’mip Cellars, avec la collaboration des indiens Inkameep, et avec le concours du Château Gruaud-Larose (à Bordeaux), le groupe Vincor élabore depuis peu un vin de grande qualité : Osoyoos Larose. Je terminerai avec une entreprise imposante installée à Okanagan Falls et qui surfe sur les vagues du succès : Jackson-Triggs, connue aussi à Niagara.

Et en attendant d’aller sur place, je vous suggère justement de goûter leurs vins (Proprietor’s), arrivés au Québec depuis peu. Très fruité et d’une bonne fraîcheur, le chardonnay vous surprendra sans doute fort agréablement (10302555; 13,95$). Le merlot est joliment expressif et relativement souple (10302467; 15,55$) et c’est au cabernet sauvignon (10302521; 15,55$) que je donne mon coup de cœur pour sa robe intense, ses parfums de fruits noirs légèrement en retrait mais d’une grande franchise, et ses tanins plutôt compacts et bien mûrs qui lui permettront de passer 3 ou 4 ans dans votre cellier, sans problème.

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