Les mythes et les préjugés sur le vin sont tenaces

J’entends souvent les mêmes questions au sujet du vin. Je m’en réjouis car c’est la preuve que les consommateurs deviennent amateurs, et que les amateurs se transforment en œnophiles avertis. J’en déduis aussi que ceux qui posent des questions considèrent qu’ils n’ont pas la science infuse et qu’ils ont encore beaucoup à apprendre, une façon de voir qui fait défaut à certaines personnes… D’autant plus qu’il n’y a pas de mauvaises questions, mais hélas parfois des réponses erronées ou trompeuses. C’est sans doute pour cela qu’en matière de vin, bien des a priori subsistent. Vestiges d’une époque révolue où tradition, poésie et vieilles habitudes l’emportaient sur la science et la réalité toute simple des choses, les mythes et les préjugés ont la couenne dure.

De plus, certains pseudo connaisseurs se donnent de l’importance en se faisant passer pour des experts simplement parce qu’ils consultent tous les mois une revue spécialisée. Ce n’est pas parce que l’on a suivi un cours de dix heures sur le vin que l’on sait tout sur le sujet. Loin de là! Ces gens-là, toutefois, constituent une minorité, mais ils contribuent malgré tout, par leurs affirmations gratuites, à la propagation d’idées reçues ou inexactes. Et peut-être que le pire dans tout cela, et Dieu m’en garde, est celui qui profite de sa véritable position d’expert pour pontifier et faire croire à son auditoire qu’il détient la vérité. De tout cela, bien sûr, il faut en rire, et le rire, à toutes fins utiles, ne facilite-t-il pas la digestion ?

Voici donc 2 premières questions, accompagnées de mes réponses.

1. J’ai acheté un vin qui n’est pas millésimé. Est-ce autorisé ? Et sera-t-il bon même si l’année des vendanges n’est pas mentionnée ?

R: Oui, bien sûr que c’est autorisé! La mention du millésime s’étant généralisée, on pourrait croire que c’est obligatoire, mais il n’en est rien. Aussi, votre vin peut être bon, comme il peut ne pas l’être; en fait, il faudra le goûter. Cela dit, le millésime nous renseigne sur la qualité “théorique et relative” du produit, dans la mesure où l’on connaît les caractéristiques du millésime en question. Mais il constitue la seule référence sur l’âge du vin et nous permet de déterminer le moment idéal pour le savourer et savoir combien de temps on peut le conserver.


2. Je suis un peu gêné, mais mon voisin m’a fait goûter un cabernet sauvignon fabriqué dans son sous-sol avec du concentré. Je n’en garde pas le meilleur souvenir et je me pose des questions. Qu’en pensez-vous?

R: Vous avez raison de vous poser des questions. Le problème est de savoir s’il s’agit vraiment de cabernet sauvignon. Certains cépages sont tellement à la mode que l’on ferait croire n’importe quoi à n’importe qui. Vous savez, faire du vin en ajoutant de l’eau, cela laisse bien songeur. Dans nos rapports avec les autres, mettre de l’eau dans son vin, c’est plutôt une vertu; faire croire que l’on fait du vin avec de l’eau ajoutée, c’est vraiment malhonnête. Et je ne parle pas des faux chianti et autres chablis, ces horribles piquettes qui font du tort aux producteurs, je dirais même du tord-boyaux…

Justement, et fort à propos, je vous livre mon coup de cœur : un véritable produit du terroir toscan, savoureux et doté d’une couleur profonde et de tanins de velours. Produit par Antinori, une des plus sérieuses maisons d’Italie, le Villa Antinori 2001 est la nouvelle version de leur chianti classico. En effet, voulant se libérer des contraintes imposées par les règles de l’appellation, Piero Antinori nous livre ici un heureux assemblage de sangiovese (60%) et de cabernet sauvignon, merlot et syrah (40%). Essayez le, vous découvrirez un vin plein de charme aujourd’hui, mais non dépourvu de structure et de matière pour le conserver quelques années (code : 10251348; 24,15$).

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