Libérons le Luberon !

Massif montagneux des Préalpes dont le sommet, le Mourre Nègre, culmine à 1 125 mètres, parc naturel reconnu par l’Unesco situé d’ouest en est entre Cavaillon et Manosque, vignoble important du sud de la France parsemé de villages pittoresques aux noms évocateurs, le Luberon se décline à l’infini. En fait, dans des paysages saisissants de beauté, parfois sauvages, toujours inspirants, le Luberon semble partagé entre son désir de rester secret, et celui d’accueillir nombre de touristes et de visiteurs, qu’ils soient de passage ou désireux de s’y installer. Il faut dire qu’entre les écrivains de tout acabit, les peintres du dimanche où les plus aguerris, les nombreux tournages de films, et les anglos francophiles, la région ne manque pas de voyageurs curieux et intéressés. Si l’on ajoute à cela la proximité des villes comme Marseille et la jet-set parisienne, on sent bien qu’il est tendance d’avoir sa résidence secondaire en Luberon. 

Il est vrai que les possibilités de découvertes ne manquent pas dans ce coin de France béni des dieux. Entre la route des châteaux, de La tour d’Aigues à Lourmarin, paisible village provençal où repose Albert Camus, en passant par Ansouis ; la visite de Lauris et Puyvert, le long de la Durance ; les couleurs et les parfums entre ocres et lavandes, de Goult à Roussillon ; la route des villages qui ont pour noms Oppède-Le-Vieux, Lacoste et les ruines du château du marquis de Sade, Bonnieux et son église haut perchée, et Ménerbes où le maire vous reçoit verre de vin et truffe à la main (voir Domaine de la Citadelle), les chemins du Luberon sont si populaires qu’il sera judicieux de les suivre en basse saison. 

Justement, dans la voiture qui me conduit chez un vigneron, j’écoute Jean-Louis Piton, le président de Marrenon, regroupement coopératif qui représente 1 200 viticulteurs. Sympathique et coloré, il n’a pas la langue dans sa poche, et se montre excédé par l’arrivée de certains « gentlemen-producteurs » qui ont gardé des vignobles pour faire bien et transformé plusieurs d’entre eux en parc ou en jardin propret. Vigneron lui-même, attaché à cet environnement beaucoup plus ingrat qu’il n’y paraît, il est très conscient que l’équilibre est difficile à trouver entre le privilège de vivre dans un vignoble intégralement situé dans un parc protégé, et le risque d’être envahis par ceux qui y voient un havre de paix où il fait juste bon vivre. En sa compagnie, on aurait presque envie de dire : « Des excès d’un tourisme débridé, de l’appât du gain des promoteurs en tout genre, et de cet accent aigu dont on veut l’affubler, libérons le Luberon ! »

Un vignoble à redécouvrir
Avec une superficie de 3 200 hectares qui s’étend sur 36 communes, situées dans le sud-est du département de Vaucluse, le vignoble du Luberon profite de trois unités géologiques distinctes qui ont en commun des sols à prédominance calcaire et marno-calcaires. Le climat est de type méditerranéen avec une influence continentale en provenance des Alpes et de la Vallée du Rhône. Le mistral y souffle souvent, ce qui est bon pour contrer les mauvais effets de l’humidité sur la santé de la vigne. Si l’on ajoute à cela un taux d’ensoleillement très élevé et une bonne amplitude?thermique entre le jour et la nuit afin de préserver la fraîcheur de la matière première, on peut en déduire qu’ici les conditions pour faire du bon vin sont plutôt favorables.

La production de cette appellation passée en AOC en 1988 se répartit entre le rouge (40%), le rosé (40%) et le blanc, et le rendement moyen tourne autour de 45 hl/ha. Les principaux cépages en rouge et en rosé sont les syrah, grenache noir, mourvèdre, carignan et cinsault, et les grenache blanc, clairette blanche, vermentino, bourboulenc, roussanne, marsanne, ugni blanc et viognier pour le blanc.

 

Les domaines viticoles présents au Québec

Marrenon
Philippe Tolleret est le talentueux directeur général de cette importante union de producteurs qui représente pas moins de 7 600 hectares de vignes que se partagent 9 caves sur les appellations Luberon (85% de la production totale) et Ventoux. Les nombreuses cuvées de l’entreprise, plus d’une trentaine, sont issues d’une grande diversité de sols, et l’on constate, après dégustation, des gammes classiques aux sélections parcellaires (Doria, Grand Marrenon, Orca et Gardarèm), en passant par les cuvées Grande Toque et Organic, que la netteté, la fraîcheur et le fruit sont au rendez-vous. J’ai particulièrement apprécié le Grand Marrenon rouge (18,15$ à la SAQ) issu de syrah (70%) et de grenache, aux arômes de fruits bien mûrs, au boisé fondu et aux saveurs d’épices douces, ainsi que la grande cuvée prestige Gardarèm, colorée, invitante avec son nez de poivre blanc et de graphite, charnue à souhait et dotée de tanins enrobés.

Domaine de la Citadelle
Créé en 1990 par Yves Rousset-Rouard, notre dynamique maire de Ménerbes qui fut dans une autre vie un producteur de cinéma prospère et bien inspiré, ce domaine de près de 40 hectares de vignes âgées de 15 à 75 ans, est géré par son fils Alexis. En compagnie du maître des lieux, nous avons dégusté une belle palette de leurs vins. Du Châtaignier rouge 2011, j’ai adoré le nez, d’une belle expression fruitée (syrah, grenache et carignan), savoureux et drapé de ses tanins bien mûrs. À 15,45$, le 2009 est un très bon achat. On se fera plaisir aussi avec la cuvée Les Artèmes, colorée, gourmande, poivrée et charnue (disponible aussi à la SAQ ; 24,65$). Si vous passez au domaine, n’ayez crainte en ce qui concerne l’ouverture des bouteilles, puisque se trouve en ses murs un musée du tire-bouchon exceptionnel, avec des milliers de pièces qui datent du XVIIe siècle à aujourd’hui.

Château de Clapier
Je suis resté un peu dubitatif sur les vins de ce domaine. Non pas que l’on ne puisse pas trouver son bonheur parmi les différentes étiquettes, dont celles de la gamme Soprano ou mieux encore la cuvée Tessiture, mais le manque de personnalité et de précision des vins classiques (14,25$ le rouge disponible à la SAQ) ne prédispose pas à susciter l’intérêt.

Sans oublier les vins du Château de l’Isolette, de Chapoutier (La Ciboise ; 14,35$) et La Vieille Ferme (en blanc ; 14,15$), de facture classique, et corrects pour le prix.

D’autres domaines à surveiller

Château La Verrerie
Situé à Puget, non loin de la Durance, ce domaine propose des vins d’une certaine qualité sous la direction de l’œnologue Olivier Adnot. J’ai bien aimé le rouge du château, tout en fraîcheur et doté d’une belle trame tannique, ainsi que le Grand Deffand, une excellente cuvée à base de syrah, florale au nez, et gorgée de fruits rouges et noirs bien mûrs.

Château La Canorgue
Jean-Pierre Margan et sa fille Nathalie sont des vignerons heureux et privilégiés. Non seulement leurs vins ont du panache, mais ils pratiquent leur métier dans un cadre plein de charme et de distinction. Pionnier du bio dans la région il y a plus de 35 ans, le propriétaire a su transmettre à sa fille un vignoble (de 40 hectares) en santé. De tous les vins proposés, j’ai beaucoup aimé la fraîcheur du blanc, complexe, gras et minéral à la fois. En rouge, la cuvée Coin Perdu n’est pas mal non plus. En attendant de vous procurer leurs vins en IP (Agence Raisonnance ; 514 295 4981), vous pourrez toujours rêver en louant le film Un bon cru (Une grande année) que Ridley Scott a tourné sur place en 2006 avec Russel Crowe et Marion Cotillart. On y retrouve la magie de la vie provençale et les lieux qui ont servi d’écrin à une histoire écrite par Peter Mayle.

Château Fontvert
La viticulture en bio domine sur cette propriété d’une vingtaine d’hectares installée à Lourmarin depuis 1598. Des cinq principales cuvées proposées à la dégustation, j’ai bien aimé le blanc issu d’une sélection parcellaire de grenache blanc (75%) et de vermentino, au nez de fruits blancs, bien équilibré en bouche, et la cuvée Mourre-Nègre en rouge, dominée par le mourvèdre, juteux et délicieux.