Les vins du Domaine Weinbach en Alsace : taillés comme des diamants!

Pas loin de Colmar, entre Kientzheim et Kaysersberg, se trouve un bijou de vignoble, le domaine Weinbach, si réputé que l’on dit de ses propriétaires, Maman Colette, et ses filles Catherine et Laurence Faller, qu’elles sont, quand on goûte leurs vins, de véritables tailleuses de diamants.

Et nous avons été quelques privilégiés à pouvoir le constater à nouveau, puisque nous étions invités par leurs agents québécois à un exercice d’harmonies entre ces grands vins d’Alsace et la cuisine du restaurant Le Pied de Cochon, à Montréal. Catherine Faller, toujours aussi pimpante et enjouée, n’était pas venue seule, une dizaine de cuvées l’accompagnaient dans ses bagages.

Le mot d’ordre était simple : faites-vous plaisir, essayez, goûtez, comparez, réagissez et dites nous ce que vous pensez des accords avec la cuisine du chef Martin Picard. Tout d’abord, le moins que l’on puisse dire, et je sais que la critique montréalaise l’a installé rapidement sur un piédestal, mais il ne fait pas dans la dentelle, le maître queux de la rue Duluth. Sourire en coin, un brin provocateur, mais ce n’est pas pour me déplaire, il fonce dans le lard des convenances culinaires, souvent avec succès, comme ce millefeuille au guacamole et au saumon fumé. Parfois, comme avec cette énorme huître gratinée farcie de foie gras, on ne sait pas si c’est du lard ou du cochon…

Le début est impeccable avec le Muscat 2002 du Clos des Capucins. Floral, fruité, délicat et subtil, on a tout simplement l’impression de croquer dans le raisin. En guise d’apéritif, il n’y a pas mieux et avec les palourdes au beurre à l’estragon, il s’en tire plutôt bien.

Arrive la série riesling : du fruit et de la matière dans la cuvée Théo 2002; très expressif avec cette minéralité, typique du cépage, associée aux notes d’agrumes. Le Sainte-Catherine est encore plus nourri et plus structuré, avec de la pâte de fruits en bouche et des saveurs qui persistent longtemps. Le grand cru Schlossberg (cuvée Sainte-Catherine aussi et terroir voué au grand cépage alsacien) est magnifique, très long, et d’une grande expression minérale. Puis, L’Inédit, même cuvée millésime 2001, fait son entrée, merveille de richesse et d’équilibre et indubitablement beaucoup trop jeune. Le premier riesling est excellent avec l’extravagant plateau de fruits de mer, le deuxième s’harmonise fabuleusement avec le pétoncle, ce qui ne l’empêchera pas de faire de l’œil au millefeuille qui suivra. Point commun entre les trois premiers : ils jouent sans hésiter de leur fine texture avec celle du crabe, fraîche et délicate.

Pour en revenir au plateau de fruits de mer, j’ai posé la question au chef et sa réponse ne m’a pas convaincu lorsque je lui ai demandé le bien fondé de la présence de la vinaigrette aux échalotes, sensée amadouer les huîtres… ou celui qui les mange. Avez-vous essayé de goûter un bon vin avec ça? Sacrilège sans doute, faute de goût très certainement! Mais continuons; les deux tokay pinot gris 2002 sont parfaits avec les plats suivants, chacun jouant son rôle avec efficacité.

Offrant en bouche un exemple d’équilibre entre le sucre et l’acidité, la cuvée Sainte-Catherine se fait complice des raviolis farcis au crabe tandis que le Altenbourg, et ses discrets 41 grammes de sucre résiduel, met en valeur la plie farcie aux moules et aux écrevisses, avant de signer un formidable mariage de texture sur le boudin au foie gras. Avec ce dernier cependant, l’arrivée du gewurztraminer, cuvée Théo 2002 nous permet de réaliser un accord beaucoup plus axé sur les saveurs.

La cuvée Laurence du même cépage, fruitée et sensuelle, s’essaye avec le millefeuille mais, comme je le précise plus haut, le riesling réussit mieux, sans doute à cause du saumon fumé et de la préparation onctueuse à base d’avocat bien mûr. Puis c’est le feu d’artifice avec les Vendanges Tardives et la Sélection de Grains Nobles. Au secours, on n’en peut plus, le travail est terminé… On déguste religieusement, juste pour le plaisir de trinquer à la santé de Colette, Laurence et Catherine. Finis les superlatifs, mais je vous aurai prévenu, allez au Pied de Cochon, c’est le gras-double, ou l’embonpoint, qui vous guette, à moins de faire trois fois le tour du bloc avant et après le repas.

 

Le Domaine Weinbach est représenté au Québec par Séguin-Robillard Vinifera.