Le concours du meilleur sommelier du monde 2010

Par Jacques Orhon

Dimanche 11 avril

Véronique Rivest est arrivée en pleine forme vendredi le 9. Le quartier de Vitacura où nous résidons, avec ses jolis gratte-ciels et sa ribambelle de restaurants sur l’avenue Isidora Goyenechea, n’a presque plus de secrets pour elle.

Il en va tout autrement pour notre autre candidate, Élyse Lambert, qui, passant par Miami (Florida) a connu les affres et l’angoisse d’un incident technique avec son avion. Une heure après le départ, ils ont dû rebrousser chemin et attendre plus de 2 heures dans l’appareil, avant de découvrir, à son arrivée retardée à Santiago, que ses bagages n’avaient pas suivi. Elle magasine et tente de refaire sa garde-robe de sommelière pour la compétition de demain.

Pendant ce temps, Patrice Tinguy et moi-même, qui avons voyagé dans d’excellentes conditions sur les ailes d’Air Canada, entre Toronto et Santiago, sommes dans le vignoble de Colchagua. La région est magnifique, blessée toutefois par le terrible tremblement de terre qui a affecté le Chili le 27 février dernier.

Nous avons assisté à l’assemblée générale de l’Association de la sommellerie internationale chez Vina Montes, où nous avons déjeuné.En soirée, un souper inoubliable nous attendait dans le magnifique cuvier de Casa Lapostolle, et Alexandra Marnier Lapostolle, a été, comme à l’accoutumée, une hôte exceptionnelle. S’il fait très beau, et que le vignoble est sous ses plus beaux atours – les vendanges ne sont pas terminées – nous avons constaté les dégâts du séisme sur de nombreuses structures, et je connais plussieurs producteurs qui ont perdu leurs habitations et une partie de leurs installations viticoles.

Lors de l’assemblée, le président Hector Vergara, a remercié tous les pays membres qui se sont cotisés pour remettre un montant de 20 000$.

 

Lundi 12 avril

La compétition viennent de débuter avec les quarts de finale. Demain soir, nous saurons les noms des candidats qui iront en demi-finale. Une première bonne nouvelle: Élyse a retrouvé ses bagages.

Lundi 12 avril, dernière dépêche

Comme les 49 autres candidats, Élyse et Véronique sont passées à travers les quarts de finale, après un questionnaire musclé, une dégustation écrite de deux vins et trois spiritueux, la correction d’une carte des vins et une épreuve de service très difficile. Comme si ce n’était pas assez, deux autres épreuves les attendaient, sous le patronnage des sociétés Peter Lehmann et San Pellegrino. Mais c’est ainsi que va la vie de candidate au concours du meilleur sommelier du monde. L’ambiance est excellente entre les membres des délégations et les candidats, mais il faut s’attendre à de chaudes luttes dans les jours à venir.

Mardi 13 avril

Tôt le matin, toutes les délégations et la plupart des candidats ont pris la route de Pirque, au pied de la cordillère des Andes, dans la région de Maipo, afin de participer à une dégustation de haut niveau dans le cadre bucolique de la maison Concha Y Toro. Rien n’a été négligé pour nous recevoir. Un immense chapiteau blanc servait de salle de dégustation en plein champ, devant la résidence historique et familiale des fondateurs de cette entreprise viticole, une des plus importantes au monde.

De retour à Santiago, c’est tard dans la soirée, à la fin d’un grand repas offert par le partenaire majeur, la maison Moët & Chandon, qu’ont été dévoilés les noms des demi-finalistes qui se disputeront mercredi une place en finale.

Des huit femmes en compétition, quatre ont été retenues: la Roumaine, la Norvégienne et…..nos deux Québécoises: Élyse et Véronique! C’est formidable! Inutile de vous dire la joie de nos deux candidates et de la délégation canadienne qui voit ainsi deux chances sur douze de se rendre en finale. Parmi les huit autres sélectionnés, mentionnons la présence de la France, de la Suisse, de l’Italie et de la Grande-Bretagne. Il ne nous reste plus qu’à nous croiser les doigts. On en saura plus jeudi après-midi…

Jeudi 15 avril

Hier, mercredi 14 avril, après une demi-finale difficile pour tous les candidats (un questionnaire ardu, une épreuve de service de champagne, d’harmonie vins et mets, et une dégustation orale de 2 vins et 3 spiritueux), la journée s’est terminée au pied de l’Aconcagua, pour un repas bien arrosé chez Vina Errazuriz. Aujourd’hui, la tension est montée d’un cran puisque les 12 candidats retenus pour la demi-finale ont dû attendre jusqu’à 15h30 pour connaître les noms des 3 finalistes.

Et c’est dans une salle pleine à craquer, sous les applaudissements du public, que Gérard Basset (Grande-Bretagne), Paolo Basso (Suisse) et David Biraud (France) ont appris qu’ils devaient maintenant sur la scène et devant public passer à travers 7 épreuves.

Mille Bravos à Élyse et Véronique qui ont, croyez-moi, inquiété quelque peu les favoris, tant leurs prestations, pendant la demi-finale, ont été remarquées.

Souhaitons leur le courage de persévérer, comme elles sont capables de le faire, de vivre leurs rêves et d’atteindre tous les objectifs qu’elles se sont fixées.

Ayant été invité à faire partie du jury de la grande finale (épreuve accords vins et mets), je peux vous dire que les finalistes ont été à la hauteur de la situation, même si le candidat britannique a dominé la situation avec brio.

C’est la raison pour laquelle, peu avant d’aller festoyer et fêter l’amitié entre les sommelières et les sommeliers du monde, Gérard Basset s’est mérité le titre tant convoité de meilleur sommelier du monde 2010.

 

Vendredi 16 avril

Avant de quitter le Chili, nous avons appris au cours de la soirée de gala qui clôturait le concours du meilleur sommelier du monde, que Véronique Rivest, du Canada, a remporté le Prix Peter Lehmann. Ce prix est offert pour la meilleure prestation en dégustation par le groupe Hess, propriétaire des maisons Glen Carlou en Afrique du Sud, Hess Collection aux États-Unis, Colomé en Argentine et Peter Lehmann, en Australie. Le prix est assorti d’une œuvre d’art, d’un voyage en Australie et d’un montant de 10 000 euros. Bravo à Véronique qui a coiffé les autres candidats au poteau pour l’analyse d’une syrah 2007 de Colomé.

Au moment d’écrire ces lignes, la plupart des délégations sont de retour au bercail, sauf celles qui doivent affronter le ciel du nord de l’Europe, quelque peu assombri par les mauvaises nouvelles engendrées par le volcan islandais.