Jarno Trulli, un pilote vigneron qui a trouvé la formule…

Par le passé, je ne me suis pas gêné, et je continuerai à le faire, pour critiquer les vins des stars dont les prix, sous prétexte de signatures célèbres, sont excessifs. Ce n’est pas le cas, en ce qui concerne les cuvées du sympathique pilote de Formule 1 Jarno Trulli.

Et ce qui ne gâte rien, il parle de la vigne et du vin aussi bien, sinon mieux, que bien des producteurs que j’ai rencontrés. Avec intelligence, simplicité et passion, il nous a conduit dans ses vignes d’Alanno, dans le centre est de l’Italie, lentement et sûrement. Jarno Trulli reconnaît qu’il n’est pas un Italien typique. Il arrive tôt aux rendez-vous, il n’est pas amateur de soccer et il porte un prénom finlandais. Après une carrière fabuleuse en karting, il accède à la Formule 1 en 1997 et gagne de très nombreux prix.

Fidèle à ses origines, il s’associe dans un domaine viticole des Abruzzes de sa jeunesse, dans la province de Pescara. Soucieux de précision dans l’action, tant au volant que le verre à la main, Jarno s’investit totalement dans le Podere Castorani, respectant avec son équipe, ce qui fait la personnalité des vins de sa région natale. Fier de ses cuvées qui mettent en valeur le trebbiano et le montepulciano, Trulli précise: « J’ai toujours cherché la perfection dans tout ce que je fais; dans les courses de voitures, où un millième de seconde fait la différence, et dans les vignobles, où seul un dur labeur et un soin méticuleux permettent de garantir la qualité et le caractère unique d’un vin. » C’est rafraîchissant d’entendre ces propos sortir de la bouche d’un type qui aurait pu vouloir épater la galerie en investissant dans un vignoble beaucoup plus à la mode que celui des Abruzzes, loin d’être considéré comme le meilleur du pays.

Qu’importe, le résultat est toujours dans le verre. En blanc, la cuvée Majolica 2005, d’une couleur pâle, aux parfums floraux très nets, affichait une grande fraîcheur et même une certaine finesse. Bon achat pour un vin qui tourne autour des 13 dollars (importation privée). En produit de spécialité, le même trebbiano Coste delle Plaie 2005, avait plus de couleur. Plus expressif aussi, ce vin qui n’a pas vu le bois est issu d’une macération préfermentaire à froid. Produit, à n’en pas douter, avec des raisins bien mûrs, ce vin fruité est excellent et mérite amplement son prix (autour de 20$).

Après deux Cerasuolo, des rosés francs, fruités et à l’acidité en équilibre, les rouges n’étaient pas en reste, bien au contraire. Le Majolica est doté d’une robe grenat assez foncée. Le nez est plutôt discret, mais toujours très droit. On trouve beaucoup de fruit en bouche, de la fraîcheur et des tanins bien mûrs. Pas mal pour un vin qui se détaille à moins de 13$. Puisque ce dernier est disponible seulement en importation privée, on pourra toujours se rattraper avec le Coste delle Plaie, un montepulciano plus en chair, au fruit très mûr, aux tanins bien enrobés, avec en finale des saveurs de chocolat fort agréables (21,95$ au rayon des spécialités).

La cuvée Podere Castorani 2002 m’a séduit immédiatement avec ses parfums floraux de violette et de rose. En bouche, le montepulciano a du fruit à revendre et nous offre des tanins serrés. Des épices douces et des notes de réglisse caractérisent ce vin charnu et délicieux (35,25 la bouteille en spécialité). Cependant, à cause des taux de change antérieurs, le magnum coûte 101$. Si encore, on nous offrait un tour de Formule 1 pour justifier la différence…

Pour terminer ce circuit des Abruzzes, le Jarno 2002 (IGT Colline Pescaresi; 78$) est d’une telle concentration qu’il faudra attendre encore quelques années avant de le consommer. Le vin est corsé et les tanins compacts donnent à cette cuvée une structure indéniable. En bouche, on apprécie déjà les saveurs d’épices et de fruits noirs qui ne feront que s’épanouir dans le temps.

Enfin, l’agent qui représente cette excellente maison m’a fait goûter dernièrement à un vin de pays (IGT Puglia) que notre pilote fait élaborer, non pas à partir de primitivo, mais de sangiovese. Ce vin savoureux des Pouilles au prix imbattable (à venir peut-être sur les tablettes de la SAQ mais disponible en importation privée) s’appelle SCIÀ (prononcer chat!) et présente sur sa contre-étiquette une photo des habitations typiques de l’endroit : les trulli; (pour commander des vins en importation privée, contacter l’agence Sélections François Fréchette au 514 868 2020).