Sens unique

N’étant pas vraiment habilité à chroniquer politique – Dieu m’en garde – je ne parlerai pas des problèmes d’unilinguisme à la Caisse de dépôt et placement du Québec, ni du Vérificateur Général du Canada, mais je reviens de l’Ouest du pays, où j’ai constaté, encore une fois que rien n’a changé de l’autre côté des Rocheuses, et que le bilinguisme canadien est plus un leurre qu’une loi appliquée à la lettre. Et c’est évidemment la même chose en Ontario ou à Terre-Neuve. 

J’étais en reportage dans la splendide région de l’Okanagan, et je me suis délecté de paysages grandioses et parfois de vins d’excellente qualité. Mais lorsque j’ai essayé – pour le fun – de communiquer en français, ce fut peine perdue. Bon, cela dit, je m’y attendais, ce n’est pas la première fois que je m’y rends, mais cette fois-ci j’ai pris le temps de mesurer l’ampleur de la situation. Partout, au restaurant ou dans les caves, ils utilisent tout bonnement le français quand ça fait leur affaire. Il y a notamment le vocabulaire utilisé sur certaines étiquettes de vins qui leur donne cette french touch qui leur sied si bien: Réserve, assemblage, blanc de blanc, etc.

Tu parles – enfin tu essaies tant bien que mal – leur langue, et ils trouvent cela tout à fait normal. Pas de compliment, pas d’effort pour parler moins vite. C’est à toi de te mettre à leur diapason. Pas content? Out!

Et que dire de ces grandes caves qui dépensent beaucoup d’argent pour des formations en japonais à l’attention de leurs employés qui vont vendre des vins de glace à la clientèle nippone. Les francophones s’arrangeront! Je veux toutefois signaler la présence discrète dans le vignoble de Christine Leroux, œnologue Québécoise et consultante pour plusieurs «wineries», le Français Pascal Madevon et son équipe qui constituent à Osoyoos Larose une «french oasis» dans le désert amérindien, et Anahita, cette jeune irano-indienne qui a étudié le Français en France et qui m’a reçu avec autant d’esprit que de professionnalisme chez CedarCreek, excellent domaine de Kelowna.

Au chapitre de la cuisine et des restaurants, malgré les termes culinaires français qui foisonnent, personne pour ainsi dire ne parle la langue de Molière, comme dans cet Institut culinaire qui a pignon sur rue au coin Granville et Dunsmuir à Vancouver. La gérante du restaurant d’application faisait bien des manières devant les clients et les élèves, mais, suite à ma question sur la possibilité de me parler en français, sa réponse fut éloquente: pourquoi?

En fait, on semble s’en moquer éperdument. Des efforts sont pourtant déployés, ici et là, pour répondre à des besoins réels, ou pour se donner bonne conscience. Que ce soit à Penticton où l’on trouve des programmes avec immersion en français ou dans un bled perdu comme Merritt. Le pire est que la plupart du temps, les profs de français ne parlent même pas la langue… Si, à Princeton, un autre bled perdu où j’ai dû faire vérifier la pression des pneus de la voiture de location avant de m’engager dans le Parc provincial Manning, j’ai débusqué dans un garage un type sympathique qui ressemblait vaguement à Zachary Richard, et qui a tenté péniblement – mais très gentiment – de prononcer trois mots en français. 

L’effort est donc là, mais qu’en est-il dans la vie de tous les jours? Quand je pense à cette librairie française de Vancouver qui, malgré la présence de plus de 10 000 francophones dans cette ville par ailleurs magnifique, a plié bagage à cause d’un loyer exorbitant. Les subventions? N’y pensez pas!

Essayez de trouver un magazine en français à l’aéroport international de Vancouver. Too bad, ce sera peine perdue, pendant que les revues en anglais pullulent à Dorval… Et c’est là où le bât blesse. N’ayons pas peur des mots et oublions les mesures de réciprocité, la dictature de l’anglais sévit inexorablement. Je ne parle pas de musique, ni de la radio ou des films qui ont pris le dessus sur le français depuis belle lurette, mais bien de règles élémentaires de communication, pour ne pas dire de simples principes de correction et d’éducation.

Cela dit, je trouve tout à fait normal quand on décide de se rendre dans un pays anglo-saxon – et le Canada anglais en fait partie – d’utiliser la langue de Shakespeare pour se faire comprendre. Mais on a l’impression que ce sont toujours les mêmes qui font les efforts pour parler la langue de l’autre. Combien de fois nous sommes confrontés ici à cette réalité qui consiste à obliger un groupe de francophones à parler chez eux l’anglais et à écouter quelqu’un qui vient nous vendre ses produits sans faire l’effort de parler notre langue, ou à tout le moins de se faire accompagner d’un ou une interprète ? Many times!!!

Pour se consoler

À Vancouver, l’exception existe avec la boutique Liberty Wine Merchants qui offre à sa clientèle huppée de l’ouest plusieurs milliers de vins différents. Le gérant actuel est un de mes anciens élèves qui parle couramment les deux langues, et le choix donne le vertige. Il se fera un plaisir de vous conseiller en français, mais affutez bien votre carte de crédit: que les vins soient européens, américains, canadiens ou d’ailleurs, les prix sont high, high, high…de 30 à 50% plus chers qu’ici.