Quand tout est faux… Quand tout est vrai, comme à Saint-Jo !

Est-ce grâce à la « barrière naturelle » imposée par notre monopole, mais il semble que nous ayons été préservés pour l’instant de l’arrivée sur nos tables – et dans nos caves – de faux crus prestigieux du Bordelais et de Bourgogne qui ont été vendus lors de grandes ventes à New-York ou chez Christie’s à Londres. Ce qui est étonnant, c’est que peu de gens ne semblent s’être manifestés. N’eût été de la croisade contre les escrocs de la bouteille d’un producteur bourguignon, Laurent Ponsot, depuis qu’il a découvert le pot aux roses il y a vint ans déjà. C’est en 2008 toutefois qu’il décide de mener bataille contre un certain Rudy Kurniawan en interrompant personnellement la vente aux enchères au cours de laquelle de son Clos St-Denis 1959 était proposé… alors qu’il n’en produit que depuis 1982. Après quatre années d’enquête du FBI, l’indonésien Kurniawan a été mis sous les verrous au printemps dernier pour faux et usage de faux. Mais il n’est pas le seul faussaire à sévir en usant de tous les subterfuges possibles, avec au-delà de l’impression de fausses étiquettes et l’utilisation de très bons vins, la gravure des flacons, la récupération de vrais vieux bouchons et même l’incorporation de dépôts de vieux millésimes.

Curieusement, tant du côté de certains propriétaires de crus célèbres – il n’y a pas mieux que la spéculation pour faire monter les prix…- que de celui de grands collectionneurs (parmi les exceptions, le magnat américain Bill Koch a porté plainte, avec en conséquence les scandales que l’on découvre peu à peu) et d’experts en dégustation renommés, c’est presque le mutisme, ennuyés – c’est un euphémisme – d’avoir été bernés de façon aussi éclatante que la robe chatoyante d’un faux petrus 1961.

La contrefaçon, peu importe le secteur d’activités, ne date pas d’hier et il est aisé d’imaginer qu’elle ne cessera pas de sitôt. À preuve un communiqué reçu ce matin au moment d’écrire ces lignes et qui relate les ennuis de la maison M. Chapoutier, figure rhodanienne s’il en est, qui découvre avec stupéfaction qu’un entrepreneur du textile use de sa signature comme marque de ses vêtements sur le marché chinois. Eh oui, c’est n’importe quoi et c’est pas fini !

Justement, en parlant de cette maison bien installée à Tain, je reviens de cette ville où j’ai pu faire une magnifique incursion dans l’appellation saint-joseph, saint-jo pour les intimes…. Depuis trente ans que je la découvre, dans le verre et sur le terrain, que de progrès ont été réalisés par les producteurs de ces vins vrais qui ont fait de la fidélité à leur terroir leur première exigence. J’avais rencontré il y a plus de vingt ans les frères Gonon qui insistaient à l’époque sur l’importance de planter les syrah, marsanne (le plus utilisé des deux cépages blancs) et roussane sur les coteaux les mieux exposés. Il faut dire que l’on était quelque peu tombé à l’époque dans la facilité et que les vins avaient besoin d’un « remontant ». Ce qui fut fait en travaillant sur les meilleures parcelles de vignes. Certes, l’appellation qui fait plus de 1100 hectares sur la rive droite du Rhône, s’étend sur près de 50 kilomètres et 26 communes, dont la plupart dans le seul département de l’Ardèche. Mais la vigne a repris ses droits sur des terrasses, parfois abruptes, qui ne sont pas toujours faciles à dompter. Il faut voir le vignoble Les Royes de la maison Courbis pour le comprendre. Et de Chavanay au nord jusqu’à Mauves au sud, des producteurs passionnés et fiers de leur terre, sur des sols tantôt granitiques, tantôt argilo-calcaires, nous proposent des blancs et des rouges savoureux, à prix très raisonnables. En d’autres mots, on en a pour notre argent.

Il faudra surveiller les vins des Gilles Barge, Faury, Guy Farge, Éric Rocher, Christophe Pichon, Pierre Finon, André Perret, Graillot, Ferraton, Georges Vernay (plus connu en Condrieu), du Domaine du Monteillet, et ceux de la cave coopérative de Tain (qui produit l’excellente cuvée Esprit de Granit), de Vidal-Fleury et du Domaine des Remizières, expressif avec ses notes de poivre blanc, d’une grande finesse. On goûtera aussi aux vins de la Cave St-Désirat, qui représente en surface plus de la moitié de l’AOC et qui élabore plusieurs cuvées dont la Cote Diane et Cœur de Rochevine, coup de cœur du Guide Hachette, et à ceux de Paul Jaboulet Aîné (le domaine de la Croix des vignes est bon mais un peu trop cher). Une mention aux Vins de Vienne (L’Arzelle) et à Chapoutier avec la naissance de Granilites et l’excellence des différentes cuvées Les Granits, en blanc comme en rouge, généreux et qui ont la faculté de vieillie en beauté, sans oublier le St-Joseph de Pic & Chapoutier (produit en association avec la chef Anne-Sophie Pic) un peu boisé dans sa jeunesse mais au fruité évident.

 

Mon petit palmarès (vins disponibles à la SAQ)

 

Blancs
Mairlant, de François Villard (volumineux et d’une grande netteté)
St-Pierre, de Yves Cuilleron (texturé, frais et d’une grande longueur)
Silice, de Pierre et Jérôme Coursodon (très minéral)
Pierre Gaillard (croquant, aux notes d’abricot)
Deschants, de Chapoutier (floral et élégant)
Guigal (au nez très droit et assez généreux)

Rouges
Les Challeys, de Delas (gourmand, sensuel et tout en équilibre)
Les Pierres sèches, de Yves Cuilleron (invitant, élégant et d’une grande fraîcheur)
Les Coteaux, d’Éric et Joël Durand (sphérique et savoureux avec sa petite pointe de réglisse)
Clos de Cuminaille, de Pierre Gaillard (solide et doté de tanins enrobés)
Les Royes, du Domaine Courbis (corsé, assez boisé et prometteur)
Offerus, de JL Chave (aux tanins satinés)