Où sont les bons vins allemands ?

Début septembre, je déambule dans les rues de Deidesheim, une bourgade calme et paisible du Palatinat (Rheinpfalz). Les mains dans les poches de mon blouson, je sifflote entre les dents. Je suis bien, tout simplement, et seul comme je l’apprécie bien souvent. Je plisse un peu les yeux, et je me crois en Alsace. Pourtant, je suis en Allemagne, dans le sud du pays, en quelque sorte dans le prolongement du vignoble alsacien, à 130 kilomètres environ au nord de Strasbourg. Mêmes maisons à colombages, mêmes géraniums accrochés aux fenêtres, mêmes fontaines d’où émane un charme bucolique. Je pense à la bière que je savoure déjà dans le restaurant où je vais me poser, sans savoir où exactement. Je jette mon dévolu sur une terrasse… En fait, mon « pif » de sommelier me conduit tout droit à une des meilleures tables de cette grande région, vais-je apprendre plus tard, le Deidesheimer Hof.

Et comme tout le monde, avec mes petits préjugés, j’anticipe les parfums du houblon, ne voulant surtout pas me taper un vin blanc doucereux, dilué et manquant d’équilibre, à l’occasion de mon premier déjeuner en terre teutonne.

Certes ce n’est pas la première fois que je viens dans ce pays, et je sais pertinemment qu’il s’y fait des vins superbes. Mais je pense encore que ce sont des bouteilles que l’on garde pour les grandes occasions.

La serveuse, avenante, m’offre de regarder la carte de la cave. Je la retourne dans tous les sens et je me laisse gagner par l’idée de changer d’avis quand je constate le choix qui m’est offert. On m’explique que le riesling spätlese (littéralement vendange tardive) qui vient du vignoble avoisinant est bel et bien sec. Je fais ni une ni deux et prend une demi-bouteille avec la ferme intention d’en laisser pour ne pas nuire à mon combat contre le décalage horaire.

Le vin est d’une jolie couleur aux reflets verts, les vrais parfums du riesling (à la fois sur des notes minérales et un soupçon d’agrume, sans tomber dans les traits grossiers d’hydrocarbure à peine raffiné) embaume mes narines. En bouche, le vin glisse sur ma langue de tout son fruit, sec sans être coupant, vif, mais sans aucune aspérité. Je me régale. Il faut dire que la spécialité de choucroute finement préparée et délicate à souhait, renforce les qualités de mon vin. Le soleil de ce début de septembre est caressant et je me sens requinqué après avoir finalement vidé le flacon, avant de passer à cette sieste réparatrice qui fait partie du rituel de globe-trotter que je me suis imposé.

Je suis dans ce coin de pays en tant que juge pour MundusVini, un grand concours de dégustation.

Les jours qui vont suivre vont me conforter dans ces deux constatations : primo, on produit aujourd’hui en Germanie des rouges étonnants et une multitude de blancs fruités, bien vinifiés et secs, pendant que l’Alsace voisine se laisse aller à la paresse, commerciale faut-il le préciser, en faisant des vins contenant de plus en plus de sucres résiduels. Pas toutes les maisons bien-sûr, et je ne parle pas des grandes cuvées dont c’est la finalité que d’en conserver une bonne quantité, mais je fais référence à ces vins faciles pour faire plaisir à une clientèle indolente au palais peu aiguisé…

Pendant ce temps, de nombreux Allemands se sont mis aux vins plus secs, plus tendus et dont l’expression, par cépage interposé, reflète le terroir où pousse la vigne. C’est pour cela que les spätlese, parfois même les auslese, sont élaborés de plus en plus en sec. Deuxio, je pense au choix dans nos magasins de la SAQ. Moi qui vante régulièrement la diversité et la qualité de ce que nous propose notre monopole, je dois admettre, en matière de vins allemands, que l’écart est énorme entre les deux liebfraumilch et autres bibines sucrées – les amateurs me pardonneront – qui s’accrochent aux tablettes depuis plusieurs décennies, et les grands crus offerts à Signature et aux magasins Sélection à des prix souvent – et en général légitimement – très élevés. Entre les deux, rien! Pourtant, parmi les centaines de cuvées d’excellentes qualité, et à prix raisonnable, qui voient le jour chaque année sur les rives de la Moselle et du Rhin, on pourrait bien en retrouver une quinzaine qui feraient notre bonheur. Je dois reconnaître, à la décharge de la SAQ, qu’avec des noms aussi difficiles à prononcer, écrits parfois en gothique par-dessus le marché, ces vins ont toujours du mal à se vendre. Mais il ne faut pas désespérer. Histoire à suivre…

Petit précis de prononciation

À ce sujet, à l’adresse des amateurs et des conseillers en vin qui n’ont pas suivi de cours 101 sur la langue d’Angela Merkel, ce n’est pas parce que l’on dit « chpètelaize » (en appuyant sur la première syllabe et sur le « e » à la fin) pour spätlese, qu’il faut mettre des « h » partout. Auslese se prononce « aosslaize » (toujours en appuyant sur la première syllabe et sur le « e » à la fin) et non « auchlese » . Idem pour les beerenauslese et autre trockenbeerenauslese. Comme quoi sept ans d’Allemand au collège m’auront servi quelque peu …

MundusVini fête ses 10 ans

Cette année, ce Grand Prix International a fêté sa dixième édition en faisant déguster à un grand nombre d’experts 5 883 vins venus de 42 pays. Très bien organisé, cet événement se tient sur deux fins de semaine à Neustadt an der Weinstrasse, jolie ville bien dénommée puisqu’elle signifie Villeneuve sur la Route des vins. Il permet aux membres du jury, en plus de déguster des centaines d’échantillons venus de partout, de visiter des caves de la région et de mieux connaître les vins allemands.