Montréal Passion Vin : pour le plaisir de partager !

Par Jacques ORHON

Pour ce numéro du temps des fêtes, j’ai envie de vous parler d’une manifestation au cours de laquelle la passion du vin aboutit directement au partage, dans le sens large du terme. Pour la première fois, j’ai vécu de l’intérieur ce grand événement, certainement l’un des plus significatifs au Québec: Montréal Passion Vin.

Il faut dire que les organisateurs n’avaient rien négligé pour faire un succès de cette sixième édition. Pensé au départ par Jean Saine, un homme d’affaires toujours aux aguets, le principe est simple : se servir du bon vin et des ventes aux enchères pour faire la charité, un peu comme on le fait depuis des siècles aux Hospices de Beaune, en Bourgogne.

Chaque année donc, depuis 2001, des œnophiles Québécois dépensent une somme rondelette – mais ils en ont pour leur argent – pour assister pendant deux jours à des dégustations de grand calibre, en présence du producteur, à deux déjeuners, à un encan silencieux et à un grand banquet. Certains pourraient s’offusquer devant ce qui ressemble de loin à de triviales bacchanales. Pourtant, il n’en est rien.

En effet, grâce à la générosité des participants et des partenaires, dont la SAQ, Air Canada et Vinum Design, pour ne nommer que ceux-là, tout se fait dans une certaine sobriété et une retenue puisque les gens sont là avant tout pour déguster, écouter, apprendre et partager. Résultat : cette année, le président Denis Chaurette, qui de toute évidence a livré la marchandise, a annoncé en finale un profit de 480 000 dollars qui seront remis, comme à l’accoutumée, à la fondation de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Chapeau! Encore une fois, les mots passion, vin et santé étaient réunis.

Après des mois de préparation, le premier exercice, fort agréable au demeurant, et dont j’ai eu l’honneur d’avoir la charge, consistait à ouvrir ce rendez-vous dionysiaque en proposant six millésimes de la Cuvée Louise, de la Maison Pommery. Avec Thierry Gasco, nous avons aligné les années, de 1981 à 1998. La magie des bulles a opéré et les amateurs présents dans la grande salle de l’Hôtel Bonaventure ont compris que le champagne, quand il est grand, est avant tout un vin blanc qui, comme les nobles crus de la Côte d’Or, se laissent patiner par le temps.

Le déjeuner du vendredi était offert par le Club Chasse et Pêche. Dans un univers particulier signé Claude Pelletier et Hubert Marsolais, les convives ont apprécié une fine cuisine mise en valeur par les flacons de la Maison Joseph Drouhin. Aussi élégants que les propos de Véronique, la fille de Robert Drouhin, Chablis, Beaune Clos des Mouches et Chambolle-Musigny se sont dévoilés avec beaucoup de finesse. En après-midi, Pomerol et Pauillac ont montré leurs similitudes et leurs différences, tant dans le verre que dans les mots. Château Gazin a ouvert le bal et le merlot a pris les devants avec Nicolas de Bailliencourt, le gérant du domaine. Je n’ai eu qu’à placer ici et là quelques interventions et le Bordelais, disert, a fait le reste. Quelle faconde!

Alfred Tesseron, son successeur, moins prolixe mais néanmoins captivant, surtout lorsqu’il a été interrogé sur une année difficile, nous a emmené sur les chemins sinueux du Médoc afin de mieux cerner la personnalité du Château Pontet-Canet. Et la journée s’est achevée en beauté grâce au mythique cru de Bolgheri, le Sassicaia, prince de la Toscane. Michel Phaneuf, qui a pris le relais de l’animation, nous a présenté un homme humble et d’une grande simplicité : le marquis Incisa della Rocchetta. Avec ses vignes de San Guido, lui et son équipe produisent, à l’image de ce qui nous a été servi (six vins de 1996 à 2004) l’un des grands crus de toute l’Italie.

Le lendemain, Aimé Guibert, le propriétaire du Mas de Daumas Gassac, un vin renommé du pays de l’Hérault, a conquis l’assistance purement et simplement. Le bien nommé Aimé a, tout autant que ses vins, captivé les amateurs d’Histoire, grâce à sa connaissance profonde du Languedoc et à sa verve intarissable, le tout dans une indicible émotion.

Le déjeuner qui suivait, offert par le Latini et l’infatigable Moreno de Marchi, a curieusement et joliment marié à une cuisine italienne de haut niveau les cuvées de prestige de l’Espagnol Miguel Torres, expliquées par son fils, présent dans la salle. On a l’habitude de dire que le vin ressemble à celui qui le fait et vive versa. Cette affirmation s’est vérifiée avec la verticale de château Margaux et celui qui en est le directeur général : Paul Pontallier. Avec beaucoup d’élégance et sans ostentation mais néanmoins avec de la concentration et une personnalité indéniable, le parallèle était facile à établir. Enfin, en soirée, Richard Bastien, le chef du Leméac, a réussi le pari de servir à point nommé une grande cuisine à 480 complices d’agapes, épatés tout autant par les mets que par chacun des vins des huit producteurs réunis pour une même cause. De son côté, l’encanteur Patrice Lécuyer était en feu…

Tout cela, il va sans dire, s’est fait de façon professionnelle. Servir à la bonne température autant de bouteilles et de magnums, directement ou en carafe, et dégustés au préalable, cela prend une logistique sans faille et une équipe de sommelières et de sommeliers prêts à relever le défi. Conscients qu’il faut savoir donner du temps pour une bonne cause, ils et elles se sont acquitté de leur tâche avec brio, sous la supervision de Jean-Yves Bernard et l’impeccable direction de Don Jean Léandri. Ces derniers sont mes amis, et c’est justement parce qu’ils sont mes amis, que je suis fier de souligner ici, en toute objectivité, le travail colossal qu’ils ont accompli. Vive la passion et vive la santé par le vin!