Méli-mélo ou variations œnologiques

Par Jacques ORHON

Bravo Marie-Christine !

Tout d’abord, je voudrais féliciter mon amie Marie-Christine Tarby, fille d’Henri Maire, ardente ambassadrice du Vin Jaune de son Jura natal, qui a profité du passage de Nicolas Sarkozy au Salon de l’Agriculture pour l’interpeller sur le Code de santé publique.

Pour reprendre, en partie, les mots du communiqué de la FIJEV, le turbulent président français s’est de nouveau engagé à faire évoluer la législation en matière de publicité sur les boissons alcooliques. De son côté, Vin & Société, et sa présidente Marie-Christine Tarby a insisté sur l’urgence de concrétiser cet engagement afin de mettre fin à l’insécurité juridique, illustrée par les récentes condamnations de deux publications qui ont essuyé les plâtres de cet imbroglio qui, en France, entoure la publicité sur les dites boissons. Après avoir présenté au président les actions menées par la filière pour promouvoir la modération, Madame Tarby lui a rappelé l’urgence d’ajouter Internet à la liste des supports de communication autorisés et de donner une définition à la publicité dans le code de santé publique.

Lors de cet échange, Nicolas Sarkozy a réitéré son engagement à trouver une solution pour que le vin soit “un produit du terroir qu’on ne doit pas culpabiliser”.

«Nous demandons au chef de l’Etat d’arbitrer rapidement ce dossier en réunissant de manière urgente tous les partenaires intéressés. Nous attendons une date de réunion. Si nous n’obtenons pas de réponse dans les prochains jours, nous passerons à une phase de mobilisation forte de toute la filière sur ce sujet. Notre avenir économique et notre existence mêmes sont en jeu» a martelé la présidente de Vin & Société*.

L’œnotourisme : à suivre de près !

Justement, dans mon dernier livre sur les vins du Nouveau Monde (publié aux Éditions de l’Homme), je profitais de mon avant-propos pour faire un constat sur le manque de vision à long terme de certains producteurs des vieux pays qui ont tendance à s’asseoir sur leur réputation. En effet, ceux-ci sont exaspérés par ces nouveaux venus qui semblent leur ravir des parts de marché qui leur était réservés, tout en ignorant manifestement qu’il faut savoir innover et s’adapter aux nouvelles tendances, tant dans le marketing que la communication. L’une d’elles s’appelle œnotourisme.

À visiter de nombreux pays viticoles de par le monde, on constate que certains ont vite compris les enjeux majeurs et les retombées favorables et à long terme d’une excellente communication. Mais il faut garder espoir puisque certains intervenants Français se mobilisent et vont dans la bonne direction. C’est ainsi que le programme du dernier colloque d’AgriMMedia a posé à ses participants nombre de questions d’actualité dans les domaines qui relient l’agriculture et l’œnotourisme à l’outil Internet. L’événement semble avoir tenu ses promesses et les divers dossiers et autres compte-rendus sont à présent disponibles en ligne. Pour en savoir davantage, je vous suggère de visiter le site www.acta-informatique.fr.

Dans la même veine, la Journée Européenne de l’Oenotourisme aura lieu le 1er Avril à Paris. Souhaitons que ce ne sera pas l’occasion pour certains d’accrocher des poissons aux dos des participants.

Les Vinalies internationales

Voilà déjà quatorze ans que des œnologues d’une trentaine de pays, et quelques sommeliers dont j’ai l’honneur de faire partie, se réunissent en mars de chaque année à Paris à l’invitation de l’Union française des œnologues afin de déguster des milliers de vins venus de partout. La mission confiée à chaque jury, composé de 5 ou 7 professionnels est d’accorder à chaque échantillon une notation accompagnée d’un commentaire de dégustation.

Après des analyses individuelles à l’anonyme, le président de table relève les commentaires faits en temps réel (suivant un système informatisé) et, si besoin est, un débat s’instaure pour aboutir à un consensus général. Cette année, ce véritable tour du monde épicurien impeccablement organisé, nous a permis de déguster plus de 3000 cuvées et 940 se sont méritées une médaille. Le Canada, qui en avait présenté 32, en a raflé 16, dont 6 pour des cidres de glace. Bravo aux Vergers Lafrance et à la Face Cachée de la Pomme pour leurs deux médailles d’Or.

Quand la simplicité et la sobriété riment avec qualité

Ce n’est pas la première fois que le restaurant La Chronique (99 rue Laurier Ouest; tel : 514 271 3095) nous réserve un accueil extrêmement professionnel dans le cadre de dégustations organisées par des agents promotionnels avec des producteurs de divers horizons. Celle des magnifiques crus de Pomerol de la maison Jean-Pierre Moueix n’a pas fait exception. J’y suis retourné le lendemain, à titre privé, et je ne me suis pas seulement régalé de la cuisine inspirée des chefs Olivier de Montigny et Mark de Canck. Quel plaisir en effet de voir aller des gens qui n’en rajoutent pas et qui font leur métier, tout simplement! Pas d’esbroufe, ni dans le verbe ni dans le geste, pas de chichis non plus, ni dans le verre ni dans l’assiette.

Le décor est bien là, planté comme il faut, sans superflu, une table assez grande pour deux et des sièges confortables. Le menu est facile à suivre et chose étonnante, on comprend l’intitulé de chacun des mets. Ouf! Pas besoin de dictionnaire pour commander son assiette, ni de sel et de poivre pour modifier l’assaisonnement. Et le service du vin! C’est avec beaucoup de doigté, de discrétion, et un plaisir non dissimulé, que le jeune Pierre-Alexis Soulières a fait son travail, laissant entrevoir par ses propositions mais aussi ses questions, une passion qui ira en grandissant. Il n’a pas eu à me parler de vins-vedettes, de vins de stars, de cuvées gratifiées de notes gonflées à l’hélium, de super importations privées ou de grands vins sans soufre pour me convaincre. Avec ses connaissances acquises, il a tout bonnement laissant parler son cœur. Ah ça fait du bien tout ça!…



1. Une grande partie de ce texte a été inspirée d’un communiqué envoyé par la FIJEV aux chroniqueurs (Fédération internationale des journalistes et écrivains du vin).