Les vins du cœur

Par Jacques ORHON

On parle assez toute l’année des affaires autour du vin, pour ne pas dire de la « business » du vin, de rentabilité, de la compétition des marchés, d’importation et d’exportation, des coûts et de hausse des prix, des notes qu’on lui attribue et qui ne veulent souvent rien dire, de statistiques en tout genre, de visibilité, de mise en marché et de concurrence, de crise et tutti quanti. Aussi, fidèle à mes habitudes, je veux profiter de la trêve du temps des fêtes pour passer à autre chose et souligner encore une fois l’impact formidable que le vin peut avoir sur la générosité des gens. Je sors moi-même d’une belle période d’à peine trois mois au cours de laquelle de nombreux événements, caritatifs le plus souvent, ont fait appel à la participation des œnophiles d’ici. Des Laurentides à l’Abitibi, en passant par le Saguenay-Lac St-Jean, Québec, l’Estrie et, bien entendu, Montréal, j’ai pu palper à nouveau la magie du vin sur les Québécois, prêts à ouvrir leur cœur et leur portefeuille pour une bonne et noble cause.

Quand ce n’est pas pour des raisons éducatives, comme à l’Université de Val d’Or, les fonds recueillis vont à des fondations qui les gèrent pour l’amélioration des soins de santé (hôpital de Chicoutimi) et de la recherche (sur la fibrose kystique avec le Mouvement Desjardins ou sur les cellules souches à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont).

Je tiens d’ailleurs à souligner un détail et non le moindre : le niveau de qualité des vins qui ne cesse de monter et celui des prestations de service (accueil, animation, verrerie utilisée, service proprement dit, respect des températures, qualité de la nourriture, présentation, etc.), sans omettre d’insister sur l’extraordinaire bénévolat des gens d’ici. Si je me fie à ma propre expérience, finis les vins ordinaires servis à la va comme je te pousse avec des fromages minables (comme le disent les critiques de cinéma à propos d’un mauvais film… ce qualificatif me fait toujours rire). Que l’on soit dans notre chère métropole ou en région, les amateurs de bons vins sont assez connaisseurs et sont prêts à bourse délier dans la mesure où les organisateurs ne leur proposent pas n’importe quoi. Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder les grands noms de champagne qui ouvrent maintenant ces événements, et tous ces crus, bourgeois ou classés, et autres cuvées de prestige inscrits sur les menus de ces belles soirées.

Et ce qui ne gâte rien, tant pour les responsables qui mettent beaucoup d’énergie dans la réalisation de leur projet, que pour l’animateur – ou l’animatrice – qui doit faire son travail, c’est de constater, en règle générale, le respect des convives attentifs qui, même s’ils sont là aussi pour se détendre, échanger et s’amuser, écoutent nos propos quand c’est le temps d’écouter. En ce qui me concerne, j’ai clos ma série d’animations de ce genre pour l’année avec Montréal Passion Vin qui en était à sa septième édition. Bravo à toute l’équipe présidée, cette année encore, par Me Denis Chaurette. Les responsables de la Fondation Maisonneuve-Rosemont, les membres du comité organisateur et les nombreux bénévoles ont livré, une fois de plus, un événement qui trône, à n’en pas douter, parmi les plus importants sur la planète dans le monde du vin. De Dom Pérignon à Mouton Rothschild, en passant par Vega Sicilia, Zind-Humbrecht, le Domaine de Chevalier, Antinori et Pio Cesare, les amoureux du vin ont assisté pendant deux jours à un feu d’artifice de saveurs et d’émotions, et tout cela pour améliorer notre sort et celui de nos semblables. Vive les vins du cœur!

Deux bonnes nouvelles

Justement, en matière de santé, le site Vitisphère nous précise dans sa dernière livraison que L’interprofession des vins de Bordeaux (CIVB) a présenté dernièrement les résultats de l’étude lancée en janvier 2008 pour mesurer l’impact de la filière vin sur l’émission de gaz à effet de serre (GES). Dans un contexte d’environnement et de développement durable, on s’attend à une réduction de 15% d’ici 5 ans. C’est plutôt encourageant. De plus, une étude menée au sein de l’Université de Göteborg, en Suède, confirme que le vin protègerait le cerveau de la sénilité et de la maladie d’Alzheimer. En effet, et toujours d’après Vitisphère, boire du vin, uniquement du vin et avec modération, protègerait des dégénérescences mentales. Depuis 1968, précise le communiqué : « une équipe de chercheurs s’intéresse aux habitudes de vie et de consommation de 1458 femmes. Parmi elles, avec l’âge, 162 ont développé des dégénérescences mentales, de la démence sénile à la maladie d’Alzheimer. Les femmes qui boivent du vin ont été statistiquement bien moins touchées que celles qui boivent de la bière ou des spiritueux. Le panel le moins touché est celui qui est constitué de femmes qui boivent du vin à l’exclusion de tout autre alcool. D’après les chercheurs de l’université suédoise, les flavonoïdes contenus dans le vin, grâce à leurs propriétés anti-oxydantes, préserveraient les cellules grises de l’action destructrice des radicaux libres. »

C’est sur ces nouvelles encourageantes que je vous souhaite, chères lectrices et chers lecteurs de Vins & Vignobles, de très joyeuses fêtes, célébrées dans la joie, la convivialité et le partage, avec en filigrane, un soupçon – ou une bonne dose, c’est selon – de modération.