Les importations privées, prise 2!

Par Jacques ORHON

Mes dernières humeurs n’ont pas laissé indifférent et suscité beaucoup de réactions. C’est très bien ainsi puisque je concluais mon propos en disant que tout cela méritait réflexion. Tout cela est donc très positif, d’autant plus que tous les courriels que j’ai reçus abondaient dans mon sens.

Toutefois, et j’en remercie les responsables, la Raspipav (l’association regroupant plus de 35 agences faisant de l’importation privée) a réagi en envoyant à Vins et Vignobles une lettre qui m’était adressée et que nous publions avec plaisir dans ce même numéro. J’aimerais donc à mon tour (pour la seconde et dernière fois) apporter des précisions, même si ma démarche consistait tout simplement à présenter des faits tout en soulevant ouvertement une réalité dont on parle ici et là et pour laquelle de nombreux consommateurs nous font part de leur préoccupation.

J’ai bien dit – et clarifié dans le troisième paragraphe – que je n’ai rien contre les importations privées, bien au contraire, mais comme je le souligne, en autant que tout cela se fasse honnêtement, dans le respect du consommateur. Je suis sûr que nous sommes du même avis sur ce point.

J’ai donc spécifié que je ne remets pas en question le principe de l’importation privée, mais ne fais que soulever des questions d’éthique, notamment chez certains restaurateurs, je dis bien certains, et cela ne concerne donc pas tous les autres qui font bien leur travail. Pourtant, plusieurs agents qui m’ont félicité d’avoir pondu ce texte m’ont confirmé qu’ils étaient parfois gênés avec ce qu’ils constataient sur le terrain. Vous imaginez bien que j’en fais moi-même l’expérience. Je veux bien croire que la plupart de vos membres affichent leurs prix sur leurs sites Internet, mais je ne vois pas comment quelqu’un qui se prépare à passer une bonne soirée au restaurant va aller les consulter pendant qu’il parcourt la carte des vins afin de vérifier s’il ne se fait pas avoir. Il fait confiance au restaurateur et c’est tout à fait normal.

Par contre, vous n’avez pas réagi au passage faisant état de tous ces arguments et autres superlatifs utilisés afin de séduire une clientèle bien ciblée avec de soi-disantes exclusivités. En effet, on croule encore sous les propositions « de vins rares et fabuleux » vendus à prix faramineux sous prétexte qu’ils ont été élaborés par des vedettes de l’œnologie ou de la viticulture que l’on veut placer au rang de stars, alors qu’il s’agit simplement de vignerons – ou de producteurs – qui ne font que leur travail.

Vous ne trouvez pas qu’on devrait un peu se calmer le pompon et qu’un peu de sobriété ferait pas de mal. L’autre semaine, j’ai dégusté un vin du sud de la France, une région que j’affectionne tout particulièrement. Le vin (une bombe d’après l’agent !?!) était bon certes, mais il ne méritait pas ses 42 dollars. Désolé ! il était bon mais pas à ce prix, encore moins à 110 $ au restaurant, taxes et service non compris ! Vous n’imaginez pas tous les gens que je rencontre et qui me disent combien ils ne se sentent pas (ou plus) concernés par ce monde du vin qui semble de plus en plus compliqué et hors de leur portée. Ne risque-t-on pas d’éloigner de nombreux consommateurs ? Il me semble que c’est plutôt sain de se poser la question.

Cependant, j’ai été ravi de constater d’une part que vous partagiez avec moi l’idée qu’un vin d’importation privée n’est pas nécessairement meilleur qu’un autre. Pourtant, c’est évident qu’il m’arrive d’en déguster de savoureux. Et d’autre part que la SAQ, de son côté, nous offre un choix incomparable.

Cela dit, je tiens à préciser que je ne suis ni le défenseur du monopole ni celui des plus grosses agences comme vous le précisez dans votre lettre – je n’oserais pas m’attribuer une telle responsabilité – mais il n’en demeure pas moins qu’il y a encore matière à réflexion, et je vous remercie d’en avoir convenu.