Le vin des stars (première partie)

Le Point de Vue de Jacques ORHON

Dans la déferlante de dégustations automnales, nous n’avons pu échapper à l’issue de la saison, aux vins dont on parle partout, même et surtout peut-être, dans les médias qui en parlent si peu habituellement. Vous aurez compris que je vais vous entretenir des fameuses cuvées produites par des gens qui évoluent normalement dans le milieu artistique, le sport ou la politique.

À tout seigneur tout honneur, commençons par l’acteur Gérard Depardieu et la tempête médiatique qu’il a provoquée. Je vous dirais, en ce qui me concerne, que j’ai plutôt un a priori favorable à son égard, autant pour la maîtrise de son art que pour sa passion de vigneron. J’ai eu le plaisir, il y a 15 ans, de côtoyer le comédien Jean Carmet, natif de St-Nicolas de Bourgueil. C’est lui qui a transmis la passion à l’ami Gégé et les nombreuses et mémorables descentes de caves y ont certainement été pour quelque chose. C’est ainsi que ce dernier avait acquis en Anjou le fameux Château de Tigné, domaine que j’ai donc visité au début de l’aventure.

On ne pouvait que se rendre à l’évidence : Depardieu était sincère et déjà amoureux de la vigne et du vin. Mais le temps a passé et les considérations commerciales se sont pointées. Et disons le sans détours : lors de sa visite à Montréal, on a sorti les violons et même les trompettes de la renommée. Lors de la dégustation à laquelle nous étions conviés, l’acteur était fidèle à lui-même, de fort bonne humeur et très agréable, comme il sait l’être souvent.

Quant à ses vins, regardons cela de plus près. Son Anjou, 100% cabernet franc, avait du fruit, tout en étant en bouche à la fois ténu et très vif. Honnêtement, on fait mieux dans la région. Son Guerrouane, aussi marocain soit-il, est dans la veine des vins du nouveau monde, avec un nez «confituré» très expressif, mais le bois est marqué et l’alcool dominant en finale dépareille ce vin, à mon humble avis, encore trop cher (33,25$). Son vin de pays d’Oc produit en association avec le bordelais Bernard Magrez s’appelle Référence. Est-ce au vin de garage qu’ils ont voulu faire référence? C’est évident qu’il va se vendre parce que Gégé a mis son nom sur l’étiquette. On a beau avoir effeuillé la vigne au levant et au couchant, passe pour la poésie, mais ce n’est pas convaincant. On procède aussi bien ailleurs et à prix beaucoup plus raisonnable. Les tanins du cabernet et le fruit du merlot donnent il est vrai un vin plutôt enrobé, mais qui ne fait ni dans la dentelle ni dans l’élégance. À 77$ le flacon, on peut se poser des questions.

Ma confiance commençait à s’étioler quand j’ai mis mon nez dans le Premières Côtes de Blaye 2003. Il tombait à pic car ce vin justement dénommé Confiance m’a redonné la foi. D’une belle couleur foncée et intense et d’une grande expression olfactive, tannique à souhait, avec des notes de torréfaction et de réglisse en finale, ce vin tout en équilibre m’a enthousiasmé, tout simplement (52$).

Le suivant, La Croix de Peyrolie 2003 est signé Carole Bouquet. J’ai toujours trouvé que cette dame qui porte si bien son nom avait un joli nez; son vin aussi! Rien à redire sur son corps : de belles courbes, de la finesse, de la longueur; son vin aussi! Sa personnalité : elle a du caractère, c’est bien connu, et son vin aussi! Et le prix? 84$! Cher me direz-vous? Sérieusement, ce merlot planté sur une petite parcelle à Lussac Saint-Émilion m’a séduit, même à ce prix. Et s’il m’était donné la possibilité de passer une soirée avec la jolie Carole, il est assuré que ma carte de crédit se laisserait aller, elle aussi, et je ne rechignerai pas.

Et puis est arrivé le Haut-Médoc Ma Vérité 2002. Robe très soutenue, vin structuré. Oui, c’est bon et mûr, mais ma vérité à moi c’est que le prix est de loin exagéré (120$). Attendez vous à payer un tiers pour le vin et deux tiers pour la signature sur l’étiquette. Enfin, le Passito di Pantelleria, signé de l’actrice, est savoureux et le prix est mérité. Je ne sais pas si Depardieu y a fait les vendanges ou si Madame Bouquet a procédé elle-même au passerillage des grappes gorgées de sucre, mais ce zibbibo (nom du muscat d’Alexandrie sur cette île située entre la Sicile et la Tunisie) n’a rien à envier aux autres belles cuvées produites par les vrais siciliens (60$ les 500ml). Dans la Coupe et les Lèvres, Alfred de Musset s’interrogeait en écrivant : « Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ?». On pourrait répondre par l’affirmative, dans la mesure où l’on ne paye pas plus pour le flacon que pour son contenu. La suite au prochain numéro.