Le tire-bouchon à pédales !


Le vin est tellement à la mode qu’on assiste aujourd’hui à des dérives de toutes sortes. Tout le monde veut donner des cours, sans avoir le plus souvent aucune préparation pédagogique, les écoles multiplient les formations en sommellerie même si elles ne sont pas capables de garantir un emploi dans cette spécialité, et l’étudiante en herbe se prend à rêver de devenir à court terme la super ambassadrice d’une marque mondialement connue. Les sites poussent comme des champignons, on « blogue » par ci, on « chronique » par là « à la va comme je te pousse », et voilà que l’on se dit journaliste spécialisé. Les salons débordent et l’on se bouscule aux portillons, bien souvent pour y faire « du social » plus que pour déguster, découvrir et apprendre.

Même si à priori, je n’ai rien contre les initiatives qui encouragent la découverte du vin et en conséquence une consommation réfléchie, surtout lorsque c’est fait intelligemment, je pense que l’on va depuis un certain temps dans toutes les directions et que l’on ne sait plus trop quoi inventer. J’ai surtout la conviction que certaines personnes, opportunistes dirait-on, profitent de cet engouement pour imaginer n’importe quoi et tenter de faire des affaires, en misant sur la méconnaissance du consommateur dont on sous-estime l’intelligence. C’est ce que je constate avec tous ces objets inutiles et les gadgets qui prolifèrent dans les boutiques spécialisées.

Entre l’appareil qui sert soi-disant à évaluer le potentiel de longévité d’un vin en le faisant vieillir d’un an à la seconde, à celui qui dissipe les tanins en moins de deux, en passant par le rafraîchisseur-miracle, l’hérétique fouet à champagne et les minuscules et ridicules verres à porto, soyez vigilants et faites preuve d’imagination sélective. Du côté de l’ouverture des bouteilles, on tombe carrément dans la bêtise et on profite de la naïveté des œnophiles.

Après les 200 types d’ouvre-bouteilles, tous aussi plus géniaux les uns que les autres, voilà que l’on nous offre un tire-bouchon électrique à batteries rechargeables en inox. À 120 beaux dollars (en spécial à 100$ au moment d’écrire ces lignes) cette petite merveille a été conçue – dit la publicité – pour déboucher les grands crus ou les vins de table sans effort et en quelques secondes seulement. C’est plutôt drôle, surtout quand on voit arriver sur le marché autant de flacons fermés par des bouchons à vis de métal. À quand le limonadier à pédales ou à air comprimé à 250$ pour faire valser les capsules récalcitrantes ?

Cela dit, il existe des outils, sinon indispensables, en tout cas très pratiques, pour les œnophiles avertis. Je vous en dresse la liste, avant de vous souhaiter d’enrichissantes et palpitantes dégustations.

Le sans-goutte : un formidable accessoire qui ressemble à une pastille argentée et qui évite les gouttes lors du service. Il suffit de le rouler puis de l’introduire dans le goulot de la bouteille. Le matériau utilisé coupe littéralement le filet de vin.

Le découpe-capsules : la société Screwpull fabrique un instrument qui assure un découpage quasi infaillible, mais toujours au-dessus de la bague du goulot. Dans la même veine, on trouvera le tire-bouchon en plastique, pas très élégant mais ô combien efficace puisque le même principe à l’aide de quatre rondelles coupantes est intégré à l’ensemble.

Le bouchon hermétique : pour garder quelques jours des vins effervescents sans qu’ils ne perdent trop de leur mousse.

Le cueille-bouchon (s’il existe encore) : mis au point par un de mes anciens élèves, le bien dénommé Lavigne, ce petit instrument ira cueillir efficacement vos bouchons qui auraient pris la liberté de s’enfoncer dans le flacon.

Le seau à vin transparent : pour mettre en valeur l’étiquette grâce à un effet de loupe, et mieux contrôler le niveau de vin restant dans la bouteille. Vos invités aimeront beaucoup. Il en existe en verre, très fragiles ; d’autres en plastique de qualité sont tout à fait à la hauteur de la situation.

Le seau à vin d’Alsace : en plus de rafraîchir adéquatement le vin blanc, ce seau se révèle très pratique lorsque l’on veut placer une bouteille de vin rouge dans l’eau très fraîche du robinet, car sa hauteur permet d’immerger complètement une bouteille de 750 ml.

L’entonnoir-aérateur : à mon avis, un des objets les plus utiles. Parmi les différents modèles, l’entonnoir à cinq orifices permet une excellente oxygénation des vins rouges jeunes. On l’utilise idéalement avec une carafe évasée ; vos invités apprécieront l’exercice. En prime, on peut ajouter à cet entonnoir une petite passoire et retenir d’éventuels dépôts.

Les carafes : on peut aujourd’hui se procurer de belles carafes en cristal à prix abordable. Parfaite pour décanter les vins rouges âgés qui présentent des dépôts, la carafe peut aussi être utilisée pour aérer un vin rouge encore jeune. On verse le vin une demi-heure environ avant de servir. L’influence de l’air sur le vin sera assez significative pour en améliorer la qualité, et dans ce cas, l’utilisation de l’entonnoir à cinq trous est tout à fait recommandée.

L’égouttoir à carafe : bien utile pour éviter la casse, d’autant plus qu’il est important de rincer ses carafes après chaque utilisation.

Enfin, pour celles et ceux qui paniquent à la vue d’une bouteille de champagne, Screwpull a mis sur le marché un instrument de plastique, créé en passant par un ingénieux Québécois, qui permet de faire sauter le bouchon sans difficulté et en toute sécurité. Efficace et facile à utiliser!