Le prix des vins au Québec : un tableau vaut mille mots !

Chose promise, chose due ! Eh oui, j’avais promis à plusieurs employés de la Société des Alcools du Québec, des conseillères et des conseillers, que j’écrirai une chronique sur le prix des vins, et la raison en était simple. En effet, à mes retours de voyage, il m’arrive de leur dire que je suis encore étonné du prix abordable de certains vins disponibles chez nous. Je sais, je sais, certains diront ben oui, il veut rester dans les bonnes grâces de la haute direction (de la SAQ). Non, je fais tout simplement mon travail, je courre les boutiques, je fouille, je regarde, je note, je compare OBJECTIVEMENT, et les chiffres parlent.

Pourtant, ce n’est pas la première fois que je pond un article sur le sujet, mais j’ai décidé cette fois-ci de récidiver, quand plusieurs de ces conseillers m’ont avoué combien ils étaient tannés – et je partage leur agacement – de se faire dire sans cesse par leurs charmants clients, parfois d’autres qui le sont moins et qui font preuve d’une agressivité lamentable, qu’ils en ont marre de se faire plumer, voire voler, par la SAQ. Alors, encore une fois, et tant pis si je me répète, beaucoup d’entre eux qui se prennent pour des connaisseurs, comparent des choux de Bruxelles avec des choux-fleurs. Je sais, ça reste des choux, mes choux ! Mais soyons honnêtes un instant, on ne peut comparer le Morgon de Dominique Piron (voir le tableau) avec celui d’un obscur négociant qui vend la même appellation dans un Super U (supermarché français), ou les deux vins de Toscane ici présents avec n’importe quel vin de la même région acheté dans une épicerie italienne. On peut trouver des vins entre 3 et 150 euros la bouteille dans la même dénomination Toscana. Il faut donc être sérieux quand on compare. Cela dit, il est évident que dans le bas de gamme (c’est à dire entre 9$ et 12$ ici), il vaut mieux acheter sur place, ce qui veut dire vivre dans le pays d’origine pour en profiter. Mais je ne comprend pas les mêmes personnes qui souscrivent à l’idée qu’il est normal que les spécialités d’un pays coûtent moins cher sur place – je n’en suis d’ailleurs pas si sûr (des cigares à Cuba, des lapis-lazuli au Chili, des tapis marocains à Marrakech ou un boomerang en Australie….) sauf pour les vins importés qui devraient coûter le même prix arrivés au Québec. Et les frais de transport ? Et les taxes ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Nous sommes dans un système qui semble être un choix de société. D’aucuns, comme je l’ai écrit dans mes humeurs précédentes, utilisent des arguments fallacieux pour dire que si l’on privatisait le commerce des vins et des spiritueux, nous aurions un plus grand choix avec de meilleurs prix. Quand on sait ce qui se passe en Alberta ou en Colombie-Britannique (où j’ai vu en novembre dernier beaucoup de mêmes vins vendus entre 15 et 25% plus chers qu’ici) cela reste à prouver. Et pour ce qui est de commander soi-même le vin déniché sur place, il existe toujours les importations privées. Que croient-ils ? Même les Européens qui commandent directement en Europe doivent payer des frais de transport. Même chez le producteur, et c’est pour ainsi dire comme cela partout sur la planète : les vins ne sont pas donnés, loin de là. Je pense au vignoble de l’Okanagan, de Washington, de la Californie (j’en reviens ; les mêmes vins chez le producteur sont environ 15 à 20% moins chers seulement qu’ici), ou de Nouvelle-Zélande, mais aussi à la France et à l’Italie. Une chose est sûre : je ne connais pas de ville avec la même densité de population que celle où je réside ici, qui propose à sa clientèle, en France, en Italie ou en Espagne, la diversité et la qualité des maisons que l’on trouve ici. Je ne parlerai pas non plus de la pauvreté de l’offre de vins étrangers, dans ces mêmes pays. À part Lavinia par exemple (comme on le voit dans le tableau), et des sites d’achat sur le web, qui font de gros efforts, il faut bien comprendre, et c’est très légitime, que la clientèle étrangère a envie de boire d’abord et avant tout les vins du pays visité.

Enfin, à ceux qui s’indignent sans discernement, saviez-vous que nous connaissons certains producteurs, des Italiens et des Français, qui s’approvisionnent ici, au magasin Signature notamment, en grands crus, pour la bonne raison que ces derniers sont moins chers que chez eux. Je suppose qu’ils savent de quoi ils parlent…

Bon, comme toujours, il y aurait certainement place à l’amélioration, avec le bas de gamme, le prix du champagne (même si depuis Noël dernier, on trouve un meilleur choix dans la fourchette qui se situe entre 42 et 60$) et du côté de la restauration. Mais soyons vigilants dans nos éléments de comparaison et l’on pourra ainsi mieux se consoler.

Divers- LCBO (monopole Ontario) Lavinia Paris Duty-Free Roissy (Paris) SAQ
Mouton-Cadet Rouge 2010 12,95$ LCBO 16,10$ 15,95$
Crémant de Loire rosé
Langlois-Château
20,70$ 19,40$
Morgon, Cuvée Quartz
Dominique Piron
19,05$
(2008)
20,00$ (2010)
Domaine d’Aupilhac 2008
Cx du Languedoc Montpeyroux
21,00$ 20,55$
Chablis 2010 William Fèvre 24,50$ 24,45$
(2009)
Coudoulet (Beaucastel) 2009 29,95$ 28,00$ 30,25$
Les Pierres Sèches 2009
St-Joseph – Yves Cuilleron
29,40$ 31,00$
Dom. De Thalabert 2007
St-Joseph – Jaboulet Aîné
49$ (2009) LCBO 44,10$ 38,50$
Champagne Laurent-Perrier
Brut Rosé
99,40$ (Nicolas) 99,75$
Château Meyney 2006 56$ 40,50$
Château Latour Martillac 2006 50$ (2008) LCBO 62,30$ 45,50$
Rosso di Montalcino
Argiano
22,55$
(2008)
25,30$ (2006)
Toscana Le Difese 2009 26,95$ LCBO 38,50$ 25,75$
Toscana Le Volte 2009 39,90$ 30$ (2010)
Sangue d’Oro 2008 (500 ml) 57,40$ 56$ (2002)
Bolgheri Serre Nuove 2009 59,95$ LCBO 60,75$
Amarone della Valpolicella
Bertani
441$
(1978)
215$
(1975)
Château Angelus 2006 483$ 323$
Château Branaire-Ducru 2006 273$
(2005)
81$
Catena Zapata 2006 (Argentine) 105$ 89$
Cashmère Cline 2010 (Californie) 21$ (chez producteur) 20,50$
Tribute Benziger 2007
(81$-épicerie à
Glen Ellen, Sonoma)
80$ (chez producteur)

88,00$