Le prix des vins au Québec : comparons ce qui est comparable! (deuxième partie)

Par Jacques ORHON

J’expliquais dans le précédent numéro l’importance d’une comparaison objective en matière de prix des vins au Québec, tout en étant conscient que je me faisais en quelque sorte l’avocat du diable, tant il est courant d’entendre ici et là des propos non fondés, les gens ayant souvent recours aux clichés et aux raccourcis. Désolé, mais je vais en rajouter avec cet exemple glané en avril au Portugal, et plus précisément en Algarve, dans cette belle région située au sud du pays.

C’est dans un magasin Leclerc, à Lagos, que mon regard s’est dirigé vers les vins de la maison Cortès de Cima, d’autant plus que je devais aller la visiter quelques jours plus tard, en Alentejo. Or, quelle ne fut pas ma surprise en y regardant de plus près. J’ai noté les prix des vins, bouteille par bouteille, puis je suis allé consulter SAQ.COM dans Internet, à mon retour à l’hôtel. Et j’ai eu l’agréable surprise de constater que la cuvée haut de gamme joliment dénommée Incognito coûtait 35% moins cher chez nous que dans son pays natal!

Comment peut-on expliquer cet état de fait ?

Il est certain que la SAQ possède un réel pouvoir d’achat, un des plus importants au monde, dit-on. Il est certain aussi, pour le leur avoir demandé, que les producteurs de vins européens font quelques sacrifices et baissent leurs prix afin d’être sur le marché nord-américain. À ce sujet, j’ai profité du dernier Salon qui s’est tenu à Montréal, pour leur demander ce qu’ils en pensent, et beaucoup m’ont avoué que leurs vins qui se vendent ici à partir de 25-30$ coûtaient plus ou moins le même prix dans des boutiques spécialisées en Europe.

Question choix, parlons-en aussi. À part certains pays, comme la Grande-Bretagne et la Belgique, il sera difficile de trouver dans les pays producteurs, des magasins qui offrent la même variété qu’ici, tant dans la diversité que dans la qualité des maisons qui exportent. Bref, il y a matière pour se consoler. Mais au cours de ces derniers mois, il s’est dit tout et parfois n’importe quoi et il est sans doute urgent d’analyser tout cela dans la nuance. Affirmer par exemple que les agences promotionnelles nuisent au bon fonctionnement du commerce du vin au Québec, et font monter les prix, traduit une mauvaise interprétation de la réalité. Au contraire, ces agences privées jouent un rôle déterminant dans la connaissance et l’intérêt pour le vin au Québec, et le dynamisme de son commerce. Leurs membres connaissent bien le terrain et défendent légitimement les intérêts de leurs commettants auprès de la SAQ, d’autant plus que nombre d’entre elles entretiennent, avec une certaine efficacité, un terrain favorable avec tous les intervenants de notre petit monde du vin (chroniqueurs spécialisés, sommeliers, restaurateurs et hôteliers, écoles hôtelières, clients indépendants, organismes qui tiennent des événements caritatifs, etc.).

Et l’Ontario? et la privatisation dans tout cela?

Le cas de l’Ontario est affaire aussi d’objectivité dans la comparaison. Tout d’abord, il ne faudrait pas croire que tous les magasins de la LCBO ressemblent à celui de Rosedale à Toronto. Et la situation est très différente d’ici. Chacun sait en effet que les ventes de spiritueux atteignent en Ontario des sommets, et on peut en déduire que les bénéfices que l’on en tire servent à diminuer le coût de certains vins.

Encore une fois, loin de moi l’idée de vouloir défendre le monopole, ni de le clouer au pilori, même si on ne peut que condamner toutes les bévues et les dérapages dont nous avons été témoins ces derniers mois. On peut notamment se poser de sérieuses questions à propos des quotas de vente encore élevés qui affligent les vins dits réguliers. En effet, ces conditions risquent à moyen terme de favoriser les vins des méga entreprises qui ont mille fois plus de moyens pour promouvoir leurs produits, que bien des petits producteurs dont le métier (ou le talent) est de faire du vin, avant tout, et non du marketing. Le mal est déjà fait.

Mais le gouvernement n’est-il pas un peu responsable en imposant au monopole des exigences financières draconiennes? Il y a urgence d’assouplir les règles du jeu, pour le bénéfice des œnophiles Québécois, qui sont de plus en plus connaisseurs et avertis. Enfin, faut-il privatiser notre chère société? Je serais bien présomptueux si je connaissais la réponse, mais l’article qui a été publié dans le magazine L’actualité (du 15 avril), sous la plume de René Lewandowski, nous offre sur ce sujet un éclairage intéressant. Au lieu de vouloir à tout prix se comparer à l’Ontario, l’auteur s’attarde surtout à ce qui se fait en Alberta depuis 1993. Il a le mérite de s’arrêter sur tous les aspects du problème et avance même l’idée d’une société cotée en bourse. Il y a en tout cas matière à réflexion… et à méditation. C’est ce que je vous invite à faire, le verre à la main. Avec les crus appropriés disponibles sur les tablettes de nos magasins, vous aurez l’embarras du choix.