Heureux d’un printemps !

C’est le monde à l’envers. Au moment d’écrire ces lignes, je suis sagement assis dans mon bureau, situé dans les Laurentides, où le sol est habituellement couvert d’un épais manteau de neige. Je dis bien habituellement puisque l’hiver 2009-2010 sera, si la tendance se maintient, à conserver au rayon des bons souvenirs, même pour les skieurs m’a t’on dit. La neige et le froid ne sont pas au rendez-vous. Entre le 2 janvier et le 23 février, pas de flocons à l’horizon. Avant de me mettre au travail, j’ai téléphoné à un ami vigneron à Châteauneuf-du-Pape : les pieds de vigne étaient recouverts de 30 centimètres de neige. Dans le Roussillon, près de cinquante centimètres, et les vignobles varois et languedociens sont aussi touchés. Mis à part la possibilité de faire des photos insolites, les gens sont au bord de la crise de nerf. L’hiver n’a pas épargné l’Europe. On fixe à la va-vite les chaînes aux pneus, en espérant que le cauchemar va s’estomper. Pendant ce temps, au Québec, on prend ce qui passe, sans se poser trop de question. Je file ensuite direction Montréal. Plusieurs terrasses sont ouvertes au public. Le vin est bon. Heureux d’un printemps !

La semaine précédente, la chanson de Paul Piché me trottait déjà dans la tête. Je suis à Paris à l’occasion des Vinalies Internationales, seizième édition de ce grand concours organisé par l’association des œnologues de France, afin de remettre des médailles d’or et d’argent à des vins méritants. L’organisation est sans faille et les jurés venus de 25 pays sont heureux de se retrouver. Nous allons passé au crible de nos papilles 3197 vins issus de 39 pays. Chaque commission est présidée par un ou une œnologue et quand c’est nécessaire, nous faisons nos commentaires suite à une analyse sensorielle poussée, et j’ose croire, objective. Les médailles doivent se justifier et nous n’en distribuons pas à la pelle. Le deuxième jour, mes narines vibrent et frétillent tout particulièrement. Je pense avoir reconnu le profil de ce que l’on vient de nous soumettre, et le verdict tombe : 7 médailles d’or pour 7 cidres de glace québécois*. Heureux d’un printemps !

La crise est toujours d’actualité. Des collègues Français me font part de leurs inquiétudes. Certains viennent d’être remerciés car la cave qui les employait a dû fermer. Je sens l’angoisse de nombreux intervenants du monde du vin (petits propriétaires, négociants, cavistes, etc.) face à la concurrence internationale et suite aux changements d’habitude et de consommation. On parle, avec toutefois une certaine retenue, du scandale des faux pinots noirs qui discréditent la profession, Pendant ce temps, la vente du vin au Québec va bon train. Les agences manifestent leur contentement et la SAQ déclare des bénéfices. Heureux d’un printemps !

Le jour de mon arrivée à Paris, je déjeune dans une grande brasserie près de mon hôtel. Je prends un verre de Cahors, celui de Lagrezette. On me le sert à « la va comme je te pousse » dans un gros verre épais à 23° de température (j’ai toujours un petit thermomètre avec moi). Ils ont 25 ans de retard mais ils s’en fichent comme de leur première chemise… Deux jours plus tard, nos amis Suisses nous reçoivent dans une cave historique de Paris pour une soirée raclette. Celle-ci est divine tout simplement. Rien de sophistiqué mais les saveurs, dans le verre et dans l’assiette, sont préservées. Les vins, dont la merveilleuse petite arvine, sont servis à la juste température dans les verres adéquats. Une super soirée! Le mercredi suivant, nous sommes reçus très gentiment à Chambéry par le Comité interprofessionnel des vins de Savoie. Simplicité et bonne humeur sont au rendez-vous pour une soirée des plus réussies à la Maison de la vigne et du vin à Apremont. Dix mets sont accompagnés de dix vins pour mettre en lumière la diversité savoyarde. L’exercice est stimulant et formateur, mais il aurait été parfait si l’on avait dégusté tous les vins, dont les effervescents, dans des verres qui les auraient mieux mis en valeur. Pendant ce temps à Montréal, et ailleurs au Québec, nos dégustations ne se font plus sans des Riedel, des Spiegelau ou d’autres verres de même acabit. Heureux d’un printemps !

Les œnophiles adorent de plus en plus voyager. Ils vont être ravis d’apprendre que deux jeunes femmes, l’une Française, l’autre Québécoise, viennent de publier aux Éditions de l’Homme un très joli bouquin Hébergements de charme chez les vignerons français. Elles ont déniché 70 adresses de chambres d’hôtes et de gîtes sympathiques dans dix régions viticoles françaises. Je vous suggère fortement de vous procurer ce livre auquel j’ai eu le plaisir de collaborer. Heureux d’un printemps !

Enfin, avant de reprendre l’avion, je suis passé à la boutique sans taxe de Roissy. J’ai encore une fois eu le plaisir de découvrir ce que j’appelle mes aubaines à l’envers. Le porto tawny 10 ans de la quinta da Ervamoira est 8$ moins cher ici. L’Alter Ego de Palmer 2004 est 15$ moins cher ici. Le superbe et élégant Côte-Rôtie La Germine 2006 de Duclaux est à $64,50 ici pendant qu’on le paye là-bas entre 55 et 70$. Et tutti quanti ! Heureux d’un printemps !

* Bravo à la Cidrerie du Minot, au Domaine Pinnacle, à La Face cachée de la Pomme, aux Vergers de la Colline, au Domaine Lafrance et Les Pommes du Roy. Les vignobles du Marathonien, les Domaines des Salamandres et des Côtes d’Ardoise ont également gagné l’or avec leurs vins de glace.