Femmes du vin

Je les ai d’abord vues, joyeuses et convaincues, dans un excellent reportage de la télévision française, quand mon amie Nadine (Gublin), deux mois plus tard, m’a proposé de les rencontrer sur leur terrain : la Bourgogne. Vous pensez bien que je n’ai pas hésité longtemps : j’irai rencontrer les Femmes et leurs vins de Bourgogne, à Chassagne-Montrachet, pendant l’événement Les Grands Jours de Bourgogne, qui se déroulaient à la mi-mars de cette année. Et je dois dire, par Bacchus et Dionysos, que ce fut fort agréable et ô combien rafraîchissant !
Je suis toujours impressionné par le nombre d’associations qui se portent à la défense d’une multitude de causes, me posant des questions sur leur portée réelle et la signification des résultats, mais je dois dire que dans ce cas-là, un vent de fraîcheur souffle sur le monde quelque peu macho de la viticulture, parfois crispé, parfois assis sur ses certitudes. Longtemps restées dans l’ombre de leur vigneron de mari, cantonnées le plus souvent aux tâches ingrates, comme elles le spécifient dans leur site Internet, les femmes du vin sont de plus en plus dans la lumière, et si c’est tant mieux pour le consommateur, il s’agit d’abord et avant tout d’une reconnaissance des plus légitimes.
Que ce soit dans les affaires, à la tête d’un domaine, ou plus simplement à la vigne ou à la cave, en tant que spécialiste en œnologie ou en sommellerie, dans le journalisme ou dans la vente, les femmes sont de plus en plus présentes depuis le début des années 2000, et l’on ne peut que s’en réjouir. Je reprends d’ailleurs cette phrase qui dit tout : « Si la femme est l’avenir de l’homme, elle doit être forcément aussi celle de la viticulture.»

Féminine et pas féministe
C’est justement en l’an 2000 que la charmante Virginie Taupenot rencontre Anne Parent, viticultrice à Pommard, qui lui confie son envie de fédérer une sorte de réseau féminin autour du vin. Virginie et quatre autres professionnelles du vin (Chantal Tortochot, Mireille Desmonet-Billard, Anne Schuster-Naudin et Véronique Desfontaines) décident d’aller de l’avant et créent Femmes et Vins de Bourgogne, une association « féminine mais pas féministe ».
Et, lors de notre rencontre, le temps d’une super dégustation par un bel après-midi ensoleillé au château de Chassage, nous nous sommes tout de suite bien entendus. Pourquoi ? Parce qu’au delà du fait que j’ai toujours apprécié la sensibilité de la femme, en général, et professionnellement dans l’approche de la dégustation du vin, nous partageons l’idée qu’il est toujours aussi ridicule de parler de vins virils et de vins féminins. Dire du pauillac qu’il est masculin et du margaux qu’il est féminin est en effet bien réducteur, puisque du côté humain, un homme peut fortement assumer sa virilité tout en manifestant nuances et délicatesse dans son comportement, tout comme une femme peut afficher sa féminité tout en faisant preuve de solidité, de force de caractère et de détermination. C’est ainsi que passant d’une productrice à l’autre (une quarantaine de femmes, de Chablis à la Côte Chalonnaise en passant par la Côte de Nuits et la Côte de Beaune), je me suis régalé, et dans le verre et dans le propos. Non seulement, j’ai dégusté des vins magnifiques, parfois moins bien aussi, comme partout ailleurs, mais j’ai apprécié, au-delà de leur solidarité, leur philosophie, cette façon de faire sérieusement les choses sans se prendre au sérieux, leur sens de l’humour, l’absence de compétition et, m’a t-il semblé, de jalousie, ce qui n’est pas toujours le cas chez nos chères consœurs…
L’objectif de leur association, m’ont-elles expliqué, est de se structurer en tant que femmes travaillant dans le monde du vin, mais comme toutes les femmes qui ont des contraintes familiales, en jonglant avec le travail, les enfants, la vie de famille, etc. Elles trouvent donc là un moyen de se serrer les coudes, comme elles disent, de s’apporter de l’aide et des conseils. Je vous dis bravo, gentes dames du vin bourguignon !

D’autres associations
Dans le Beaujolais, Les Étoiles en Beaujolais, créée en 1998, a pris la forme d’un Groupement d’intérêt économique, mettant l’accent sur le marketing et la force de vente. Plus au sud, le regroupement Femmes Vignes Rhône défend dans ses statuts le travail des femmes dans la filière viti-vinicole. Citons également Les Aliénor du Vin de Bordeaux, Les Divines d’Alsace, Les Éléonore de Provence, Les Vinifilles dans le Languedoc-Roussillon, sans oublier Femmes de Vin créé pour devenir le premier cercle féminin national.
En Italie, c’est peut-être moins nouveau de voir les femmes du vin se réunir. Déjà, il y a une quinzaine d’années, j’avais passé une soirée très agréable il va sans dire, avec Le Donne Del Vino, constitué de vigneronnes, productrices, sommelières, restauratrices, et j’avais beaucoup appris. Créée en 1988, leur association compte aujourd’hui 650 membres.

Vingt Bourguignonnes de Femmes et vin de Bourgogne
On pourra toujours aller les visiter sur le site www.fevb.net

Agnès Vitteaut, Rully
Anne Gros, Vosne-Romanée
Anne et Catherine Parent, Pommard
Anne-Sophie Debavelaere, Rully
Béatrice Dubois, Premeaux
Cécile Tremblay, Vosne-Romanée
Chantal Martin, Chorey Les Beaune
Chantal Michel-Tortochot, Gevrey-Chambertin
Christine Dubreuil, Pernand-Vergellesses
Estelle Prunier, Auxey-Duresses
Fabienne Bony, Nuits-Saint-Georges
Francine Picard, Chassagne-Montrachet
Françoise Feuillat-Juillot, Montagny
Julie et Chloé Chevalier, Ladoix
Lorraine Senard Pereira, Aloxe-Corton
Lyne Marchive, Chablis
Martine Protheau, Mercurey
Nadine Gublin, œnologue
Pascale Delhautal-Rion, Premeaux
Virginie Taupenot-Daniel, Morey Saint-Denis