De toutes les couleurs…

Par Jacques ORHON

Le temps des fêtes approche et comme je le fais depuis 3 ans, je profite de ce numéro pour ne regarder du vin que le côté rose, même si c’est un bon moment de l’année pour boire du rouge et du blanc. Bien sûr, le ciel, dans notre magnifique monde du vin, n’est pas toujours d’un bleu pervenche, mais il ne faut pas broyer du noir pour autant.

On aura jamais tant parlé d’écologie, de vin bio et de virage vert. On profitera aussi des congés de Noël et du nouvel an, pour ralentir et se mettre à l’orange, un verre de vin jaune à la main, afin d’oublier les ciels parfois gris de l’hiver. On pensera sans doute à se gâter avec des vins liquoreux aux reflets dorés et d’autres crus aux robes pourpres. Peut-être, tout simplement irez-vous faire vos propres « macérations pelliculaires » dans les eaux turquoise des Caraïbes…

Réjouissons nous et soyons donc optimistes, d’autant plus qu’au Québec, à écouter tous et chacun dans les nombreux salons qui nous ont été proposés cet automne, la crise mondiale semble nous avoir quelque peu épargnés. Il suffit de constater les bénéfices annoncés par la SAQ pour s’en convaincre. Du côté des vins bio, même s’il ne faut pas croire qu’ils sont nécessairement tous bons, disons qu’il est agréable de constater que le marché des vins issus de l’agriculture biologique progresse en France et ailleurs dans le monde. Ne serait-ce que pour la prise de conscience environnementale du consommateur, c’est déjà un bon point.

Des petites maisons, des domaines célèbres et des coopératives comme la Cave de Laudun, dans les Côtes du Rhône, dont 93 % du vignoble est d’ores et déjà en agriculture raisonnée, embrassent peu à peu la philosophie bio. D’après le site Wine Alley : « cette tendance est mise en valeur en France puisque ces vins sont maintenant disponibles dans quasiment toutes les appellations et tous les types: AOC, vins tranquilles et effervescents, VDN, blancs, rouges et rosés, vins de pays. » Le site Vitisphère, de son côté, précise que la vigne représente 3 % de la surface agricole utile en France et le vignoble bio (28 000 hectares ou 3,3 % du vignoble national) a cru de 50 % rien qu’entre 2007 et fin 2008.

Quant au tourisme vigneron, une activité qui, à mon humble avis, sauvera en partie notre industrie si celui-ci se pratique sous les meilleurs auspices, il prend du galon. Le deuxième Salon international de l’œnotourisme à Lyon aura lieu en mai 2010.

Le réseau des Capitales de Grands Vignobles, créé il y a 10 ans par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, relie les neuf métropoles du vin qui en sont membres (Bilbao, Bordeaux, Le Cap, Florence, Mayence, Mendoza, Porto, San Francisco, et la dernière en date Christchurch, en Nouvelle-Zélande) pour développer des programmes de coopération liés au tourisme vigneron, mais aussi au développement commercial, à la formation et la recherche dans la filière vin*.

Dernièrement, un collectif regroupant 40 professionnels de la restauration dans le Roussillon, se réunissait autour du thème : La gastronomie ? C’est ringard ! Vive la cuisine ! Et l’animateur de clarifier l’esprit de la rencontre : « non à la gastronomie, un concept chic et élitiste, vive la cuisine ! » Puis de défendre cette cuisine comme le moteur de ce tourisme de terroir qui s’inspire de la tradition et la réinvente sans cesse. J’ai bien aimé cette phrase de Julia Csergo, historienne à Lyon 2 qui rappelle quant à elle, que le tourisme a toujours été considéré comme un secteur de l’économie mineur, peu sérieux. « La gastronomie est l’intégration de la production, de la transformation des produits, de la tradition culinaire associée à un mode de consommation, c’est l’alimentation-bonheur qui a besoin de lieux pour s’exprimer.»

D’ailleurs, pas plus tard qu’hier, je regardais une émission française qui nous proposait une discussion sur le même sujet. Très intéressant dois-je dire, puisque la place du vin et son accessibilité étaient au menu. En effet, un des chroniqueurs en a profité pour soulever le problème du vin et de ses prix affichés au restaurant. C’est bien simple, et nous le savions déjà : preuve à l’appui (il avait apporté les six cartes de six établissements) et pour le même vin, l’on passait du coefficient multiplicateur 2 au coefficient 5.5… Attention danger!!!

La cerise sur le gâteau? Le millésime 2009, tout au moins en Europe, qui devrait être exceptionnel. Les mauvaises langues vous diront que les Bordelais, par exemple, ont une nette tendance à décréter toujours trop vite que l’année en cours sera un millésime exceptionnel. C’est vrai qu’il est mieux d’attendre le printemps suivant pour se prononcer, mais je peux vous dire que tout le monde avait le sourire fendu jusqu’aux oreilles vers la fin septembre dans le Bordelais. J’y étais! Il faisait beau, les raisins étaient sains, et belle, très belle était la pourriture noble, de Climens à Coutet en passant par Yquem.

Et puis chez nous, j’aimerais profiter de ce papier pour souligner la réussite des stages réalisés par les lauréates Élyse Lambert et Lyette Tremblay qui ont obtenu chacune une bourse de 10 000$ de la Fondation de la Maison du Gouverneur. Mission accomplie! Leurs tours d’Italie ont été couronnés de succès! En mai dernier, la même Élyse Lambert se méritait la première place sur le podium du concours du Meilleur sommelier des Amériques, suivie de Véronique Rivest. Elles se préparent déjà à affronter leurs collègues d’une trentaine de pays pour le prochain concours mondial qui aura lieu à Santiago du Chili en avril 2010. Bravo les filles!!! Et à tous, de joyeuses fêtes judicieusement arrosées et joyeusement partagées!


* Tiré de Vitisphère du 3 novembre 2009.