De salon en salon, comme un coureur de fond…

Depuis le 10 octobre, et cela pendant 6 semaines d’affilée, ça ne s’est pas arrêté. De salon en salon, des dizaines de milliers d’œnophiles et de professionnels ont tantôt craché, tantôt avalé les vins que leurs proposaient des centaines de producteurs venus des quatre coins de la planète. Et on a eu droit à tout : des vins bio de Bio-Bio (au Chili) et d’ailleurs, des vins nature plus grand que nature, des vins sans soufre, d’autres qui font souffrir, des crus classés qui ont de la classe, des vins surclassés, des riserva et des crianza, des recioto pour ceux qui se lèvent tôt, des vins de soif évanescents, des vins puissants dans des carafes, des DOC, des AOP, des IGT et des IP ; bien malin celui qui s’y est retrouvé, les dents noircies, le nez usé…

Chronologiquement, nous avons eu d’abord les Salons des vins de Nouvelle-Zélande et du Chili, puis Le Jugement de Montréal, La dégustation des vins du Sud-Ouest, le Salon des vins et fromages de l’Estrie, Montréal Passion Vin, qui a connu encore une fois un immense succès, Le Salon des vins d’importations privées (Raspipav), le Salon des vins de l’Italie, La Grande Dégustation de Montréal (AQAVBS). Et c’est sans compter les tournées de vignerons indépendantes, les soirées gastronomiques, les dégustations professionnelles réservées aux chroniqueurs, les animations privées, etc.

Même si certains événements se sont télescopés, et qu’il faut se tenir en forme comme pour un marathon, je suis très loin, personnellement, de m’en plaindre. Au contraire, c’est plutôt formidable d’avoir accès à tant d’opportunités, de rencontres, de découvertes, de nouveautés. Et la clientèle est encore là, avide de connaissances et prête à participer. On peut se dire que cette effervescence n’est pas arrivée par hasard, et qu’elle est peut-être le fruit d’un travail mis en place par des défricheurs. Je pense aux agences bien implantées dans le décor montréalais depuis des décennies qui proposaient déjà un Salon des Vins au début des années 1980. Je ne peux oublier plusieurs artisans de la première heure, dont l’ami Jules (Roiseux), les magazines, certaines émissions télé et les quelques écoles qui ont commencé à offrir des formations spécialisées.

Justement, à ce sujet, petit retour en arrière, pour rafraîchir la mémoire des « vieux » et relater aux plus jeunes un pan de la petite histoire du vin au Québec. Nous sommes en 1988 et une de mes élèves, à l’École hôtelière des Laurentides, me soumet un projet qu’elle caresse depuis le début de son cours de sommellerie. Elle veut créer le Festival du vin des Laurentides, et me déballe une tonne d’idées, toutes aussi bonnes les unes que les autres. Elle s’appelle Raquel Vallejo, d’origine américano-cubaine, et habite à St-Adolphe d’Howard. Sa faconde et sa détermination m’ont convaincu, tout comme des dizaines d’autres bénévoles, et c’est dans son joli petit village d’adoption qu’aura lieu en 1989 la première édition de ces rendez-vous estivaux au cours desquels des milliers d’amateurs se sont frottés aux joies du vin. C’est après que l’on a vu fleurir dans le reste de la province d’autres manifestations, comme le bucolique festival des vins de Terrebonne (à sa 16ème édition en 2012), La Grande Dégustation de Vin de Saint-Adolphe-d’Howard (à sa 13ème édition), le Festival des Vins de Saguenay (à sa 6ème édition), le très réussi Salon des vins de Québec depuis 2009, le tout nouveau Salon des vins de Laval, et j’en passe.

Même si je suis conscient que la période qui précède le temps des fêtes est capitale pour écouler les stocks, on peut toutefois se demander pourquoi tout cela se tient au même moment. À ma connaissance, les amateurs consomment du vin toute l’année, et les risques de dilution sont très grands, tant du côté de l’offre, quand on voit les milliers de produits offerts, que de la clientèle qui ne sait plus à quel salon se vouer, avec un budget qui n’augmente pas nécessairement. N’étant pas directement concerné par la « business », je suis à vrai dire dubitatif et admiratif devant tous les acteurs de la filière qui se débattent comme des beaux diables pour vendre leur marchandise, avec en toile de fond l’aide, le support, la bénédiction et l’intérêt de notre monopole.

Il y aurait certainement place à la concertation et aux pourparlers. Heureusement que l’ami Samy Rabbat, pour notre emploi du temps, garde efficacement notre agenda à jour en nous rappelant les rendez-vous qu’il ne faut pas manquer.

 

Les salons et la RACJQ
Les inquiétudes sont vives pour les promoteurs de salons de vins au Québec puisque la Régie des alcools, des courses et des jeux a décidé de modifier son interprétation de la loi sur l’émission des permis, causant ainsi des coûts prohibitifs, mettant conséquemment en péril l’existence de ces événements. Pour l’instant, les différents organisateurs ont obtenu par le biais de leurs avocats un jugement qui leur a permis de les tenir. Mais qu’en est-il de l’avenir si la loi n’est pas modifiée ? Ce serait injuste, quand on voit l’intérêt des Québécois pour le vin, que cette situation ne soit pas réglée dans les meilleurs délais.