De notoriété, de quantité et du service !

La notoriété ne fait pas tout 
Chaque année, l’automne nous apporte une foule d’activités et la possibilité de réagir et de donner son avis sur ce qui fait l’actualité de notre petit monde du vin. Et cela nous ramène forcément à la SAQ. Même si je suis bien conscient qu’il y aurait plusieurs points à changer ou à améliorer au sein du monopole, il faut admettre, quand on analyse objectivement la situation, ici et ailleurs, que l’on peut se demander, advenant une privatisation, si le consommateur s’y retrouverait dans le choix (voir plus loin), la diversité et les prix.
Pourtant, et Dieu sait que je fais partie de ceux qui calme le jeu de ce côté là, c’est sur ce dernier sujet que je veux d’abord me prononcer dans ces Humeurs, suite à une dégustation de 37 vins italiens (sur 104 cuvées) du dernier Courrier Vinicole. Pour les avoir dégustés anonymement (sans en connaître le nom, le producteur et le prix), je dois dire que je me suis régalé avec nombre d’entre eux, particulièrement ceux venus de Toscane (Duemani, Fèlsina, Fonterutoli, Col d’Orcia, Poliziano), d’une partie de ceux du Piémont (Aldo Conterno, Clerico, Gaja, Pelissero, Bruno Rocca, Vietti) et de la Vénétie (dal Forno, Quintarelli).
Je m’interroge cependant sur le bien-fondé de présenter des vins onéreux qui ne sont pas vraiment très bons. On m’a dit qu’ils sortaient déjà de la cave à des prix élevés pour des raisons de notoriété, parce qu’ils sont en demande, et qu’il fallait les commander, sinon d’autres marchés allaient s’en occuper. L’importance, et l’influence des notes restent un vaste sujet – et j’ai ma petite idée là-dessus – mais je reste perplexe. Sur neuf sources de notes (sur 20 ou sur 100), et à part l’équipe Signature (4 dégustateurs de la SAQ), huit viennent de l’étranger, dont 3 italiennes et 5 anglo-saxonnes qui feraient la pluie et le beau temps… Ce n’est pas parce que c’est cher et bien coté que c’est forcément bon. Je prends pour exemple un vin du Piémont, pas mauvais mais pas terrible non plus, à 154$ (imaginez au restaurant). Ce n’est pas un peu trop cher pour une soi-disante notoriété ? J’en ai repéré ainsi une dizaine dont la qualité gustative n’était pas, à mon humble avis, à la hauteur des prix, qui oscillaient entre 41 et 154 dollars. Qu’en pensez-vous ?

Trop, c’est comme pas assez !
Pour ce qui est du choix, je souligne – dans le cadre de capsules-web et d’un reportage auxquels je viens de participer – la chance que nous avons de trouver autant de produits dans nos magasins: entre 8 000 et 9 000 vins issus d’environ 35 pays, plus une kyrielle de spiritueux, dont de nombreux de haute tenue. Sans compter les quelques 16 000 vins différents disponibles par le biais de l’Importation Privée (chiffre fourni par le président du Raspipav). Regardez dans les provinces canadiennes qui ont privatisé leur système, ainsi que dans la majorité des pays producteurs, et vous vous consolerez.
Cela dit, n’y va-t-on pas un peu fort comme au cours de cette semaine qui vient de se terminer. En 6 jours d’affilée, entre le lundi 3 et le samedi 8 novembre, un tsunami œnologique a tenté de déverser dans nos gosiers près de 4 000 vins différents à travers 5 événements.
Je veux bien croire qu’il faille gommer la grisaille de novembre en décrétant que chaque jour du mois des morts sera un jour joyeux et festif au cours duquel on fait ripaille tout en se laissant séduire par les arômes et les vapeurs de la dive bouteille, avec la bénédiction de Bacchus et Dionysos, mais comme on le dit souvent ici : trop, c’est comme pas assez !!!!
Évidemment, j’applaudis au désir effréné des œnophiles d’aller de découvertes en découvertes, et je dis bravo à leur ouverture d’esprit et à leur soif d’apprendre. Je veux également souligner – et de nombreux producteurs Européens de passage ici s’en étonnent encore – la tenue en général impeccable des visiteurs, professionnels ou amateurs – merci Éduc-alcool ! – et l’ambiance bon enfant et sympathique qui règne dans nos salons, mais je me pose les questions suivantes :
1. Pourquoi ne pas répartir certains événements sur plusieurs périodes de l’année ? Je sais bien que business is business, et de bonne source, qu’une partie des vins – les effervescents par exemple – se vendent surtout au moment des Fêtes. Il faut donc battre le fer quand il est chaud. Mais quand même !!!
2. À force de vouloir sans cesse augmenter l’offre, ne risque-t-on pas une forme de dilution ? Déjà qu’il y a beaucoup de produits sur le marché, le visiteur ne sait plus où donner du pif ; nombre d’entre eux me l’ont assuré. Et puis, trop d’offres sur une période si courte amènent une dilution dans les affaires et forcément dans les ventes, avec des parts de marché qui rétrécissent fatalement.
3. En conséquence, ne risque-t-on pas de passer à côté d’aubaines (des vins excellents et à prix raisonnables) ?
4. Les producteurs prennent du temps et dépensent de fortes sommes pour se déplacer et nous rencontrer. Pourtant, avec combien d’entre eux pouvons-nous échanger en quelques heures ? Peu et c’est dommage !

La qualité du service : le verre et la température
Autant j’ai félicité les responsables de plusieurs salons pour l’organisation, l’accueil, la qualité générale de la prestation, autant ce n’est pas normal de se faire dire, quand on déplore la trop haute température de nombreux vins rouges et la fraîcheur marquée des blancs, que la dégustation se termine dans 3 heures et que c’est trop compliqué. Pourtant, si certains le font très bien, il semble que ce ne soit pas une priorité chez quelques agents. Enfin, pour ce qui est des verres, les Québécois ont appris beaucoup depuis 30 ans et il serait temps de passer à un niveau supérieur. L’époque du verre INAO est peut-être révolue ?