Crus classés en Provence : le mystère enfin éclairci?!

Au pays des nomenclatures et des inventaires, des catalogues et des catalogués, des listes et des délistés, des chartes et des arrêtés qui n’arrêtent pas, des classifications et des déclassés, des règlements conventionnels et des conventions qui ne règlent rien, des législations et des lois qui compliquent tout quand on veut simplifier, s’il est un mystère qui persiste plus ou moins depuis des décennies dans le labyrinthe des appellations contrôlées de France (AOC), qui peuvent, union européenne oblige, et je me dois de le préciser, revendiquer à juste titre le statut d’appellation d’origine protégée (AOP) – Ouf! Et j’en viens au fait – c’est bien celui des fameux crus classés de l’appellation Côtes de Provence.
Au moment où l’on assiste à des poursuites légales dans le cadre de la révision tous les dix ans des crus classés de Saint-Émilion (plainte pour diffamation de Hubert de Boüard, propriétaire du château Angélus, contre l’auteur et l’éditeur d’un livre incendiaire sur la question), sachant aussi que l’on remet en question – et cela depuis longtemps – le classement de 1855 des crus du Médoc et des Sauternes, que celui des crus de Pomerol, malgré la grande notoriété de plusieurs d’entre eux, n’existe pas, plusieurs domaines viticoles provençaux affichent sur leurs étiquettes, et cela avec une fierté non dissimulée, leur appartenance à un classement officiel.
J’ai donc pris dernièrement mon bâton de pèlerin, et de Montpellier, où se réunissaient nombre de vignerons de l’appellation dans le cadre du salon ViniSud, jusqu’à cette magnifique Provence que je viens de parcourir de long en large, je suis allé, fidèle à mes habitudes, enquêter sur le terrain.
J’ai appris que l’histoire des Crus Classés des Côtes de Provence aurait débuté en 1895 lorsque des vignerons du Var ont décidé de se fédérer pour défendre et promouvoir leurs vins et leurs propriétés.
Plus précisément, voici ce que m’a indiqué Adeline de Barry, la dynamique présidente actuelle de ce regroupement : « En juillet 1955, à l’époque où les Côtes de Provence n’étaient alors que des VDQS (elles ne deviendront AOC qu´en 1977), un arrêté ministériel a homologué un classement de certains crus de l’appellation Côtes de Provence. 23 exploitations (sur les 300 existantes à l’époque) bénéficièrent de la mention Cru Classé, malgré les protestations des propriétaires bordelais. »
Adeline de Barry est aussi propriétaire, avec sa maman, du Château de Saint-Martin, domaine viticole dans la même famille depuis le XVIIIe  siècle, qui fait évidemment partie de cette assemblée de crus classés qui semble néanmoins connaître certaines vicissitudes.
En effet, à personnalités et caractères bien trempés correspondent des relations qui peuvent se révéler tendues, pour ne pas dire orageuses, chacun campant allègrement sur ses positions, souvent avec passion, parfois avec une pointe d’agressivité évidente. Pour avoir échangé avec plusieurs personnes concernées, j’ai bien compris, sans être très surpris, qu’il y avait des tiraillements et des incompréhensions qui ne pourront rien régler. Aujourd’hui, huit d’entre eux se seraient constitué un club bien à eux en créant une Route des Crus Classés (vive la solidarité !).
Quand on sait que l’appellation Côtes de Provence représente aujourd’hui près de 23 000 hectares, avec plus de 85% de vins rosés, on peut se demander ce que représente réellement pour le consommateur un classement dont la reconnaissance repose plus sur l’existence d’une charte qui a bientôt 60 ans et qui semble être figée dans le temps, que sur des critères qualitatifs liés aux réalités d’aujourd’hui. On peut se demander aussi à quoi tout cela rime, et si cette notion de cru classé signifie quelque chose de tangible. Il n’en demeure pas moins que si certaines de ces propriétés ont fait un travail promotionnel remarquable à travers le monde, travail dont profite aujourd’hui toute la région, c’est encore en dégustant que l’on pourra se faire la meilleure idée sur le sujet.
 
Liste des crus classés de Provence en 1955
Dix-huit domaines existent encore après la disparition du Clos de la Bastide verte, du Domaine de la Grande Loube à Hyères, du Clos du Relais à Lorgues, du Coteau du Ferrage à Pierrefeu, et du Domaine de Moulières.
Ce sont (entre parenthèses, le nom de la commune):
– Ch. de Saint-Martin (Taradeau)
– Ch. Minuty (Gassin)
– Ch. Sainte-Roseline (Arcs-sur-Argens)
– Domaine de la Source Sainte-Marguerite (La Londe-les-Maures)
– Domaine de la Clapière (Hyères)
– Domaine de l’Aumérade
– Clos Cibonne (Pradet).
– Domaine de Rimaurescq (Pignans)
– Domaine de Castel Roubine (Lorgues)
– Ch. du Galoupet (La Londe-les-Maures)
– Ch. de Saint-Maur (Cogolin)
– Clos Mireille (La Londe-les-Maures)
– Ch. de Selle (Taradeau)
– Ch. de Brégançon (Bormes-les-Mimosas)
– Domaine de Mauvanne (Salins d´Hyères)
– Domaine de la Croix (La Croix-Valmer)
– Domaine du Noyer (Bormes-les-Mimosas)
– Domaine du Jas d’Esclans (La Motte).