Guigal : la classe, la race et la finesse au rendez-vous !

Les générations se suivent et parfois se ressemblent, et chacun prend sa place comme il le peut, mais quand c’est possible aussi, comme il le veut, à sa manière. Philippe Guigal, le fils de Marcel, est un jeune homme brillant, et ce qui ne gâte rien, plein d’humour. Après avoir étudié et bourlingué ici et là, il savait très bien qu’il allait devoir chausser des souliers lourds à porter, tant son père a su placer haute la barre de la qualité et de la réputation de leurs cuvées, dont certaines, comme la Mouline, la Landonne et la Turque, toutes de côte-rôtie, sont devenues célèbres dans le monde entier.
Philippe, qui est né en 1975, sait de quoi il parle car il est aussi l’œnologue de la maison. Il va droit au but, donne des explications claires et précises et maîtrise très bien son sujet. Mais ce que j’apprécie chez lui, alors qu’il pourrait, comme certains, user de son nom pour jouer les fanfarons, c’est qu’il ne se prend pas au sérieux. Il est assez intelligent pour ne pas en rajouter, et parle avec autant de conviction et de respect pour ses vins de négoce de la vallée du Rhône, que ceux issus des domaines familiaux.
Habitué tout jeune à suivre dans la cave son grand-père qui a vinifié 67 récoltes, et très certainement influencé par le travail de ses parents, il sait que le vin se fait d’abord à la vigne, et pas toujours dans les conditions les plus faciles.

Quelques rachats importants
Fondé en 1946 à Ampuis, berceau de l’appellation côte-rôtie, par Etienne Guigal, le domaine familial s’étend aujourd’hui sur trois hectares de caves et de galeries où l’on élabore, élève et bichonne dans la plus grande discrétion des vins d’exception. D’un vignoble bien modeste au départ, la propriété, qui s’étend sur environ une soixantaine d’hectares, s’est agrandie au fil des ans, grâce notamment à des rachats importants. Ce sera, au milieu des années 1980, celui des établissements Vidal-Fleury, puis, le Château d’Ampuis en 1995, où se trouve maintenant le siège social. En 2001, les Guigal s’installent en hermitage, crozes-hermitage et saint-joseph avec l’acquisition des domaines Jean-Louis Grippat et de Vallouit. Enfin, la famille s’est portée acquéreur en 2006 du Domaine de Bonserine sur les appellations côte-rôtie et condrieu. La production se répartit sur un quart de vins blancs et trois quarts de rouge.

Dégustation
Accompagné de son épouse Ève, Philippe Guigal nous a proposé, à la fin de l’année 2012, une dégustation d’une dizaine de vins, soigneusement sélectionnés pour la circonstance.

Côtes du Rhône blanc 2011 (Code SAQ : 290296 ; 18,25$)
D’une jolie robe d’un jaune paille et finement aromatique (fleurs blanches, amande et pêche), ce vin est bien servi par la présence importante du viognier (55%). On ajoute à cela clairette et bourboulenc, plus 20% de roussanne qui participe au nez et à la fraîcheur, et 10% de marsanne qui confère à l’ensemble une bonne matière fruitée. Un très bon achat !

Condrieu 2010 (code SAQ : 11220981 ; 54,25$)
On peut vraiment parler de minéralité dans ce vin issu de viognier qui a poussé en terrasses sur des terres granitiques. Avec une robe assez soutenue, et une plénitude aromatique apportée par des notes florales et fruitées (abricot et pêche blanche), ce vin sec a du gras mais aussi une fraîcheur indéniable. Un grand vin de gastronomie !

Ermitage Ex Voto 2006 (code SAQ : 11183463 ; 179,00$)
Issue de très vieilles vignes (entre 50 et 100 ans), principalement de marsanne, des anciens domaines Grippat et de Vallouit, voici une cuvée qui se présente sous une robe dorée et un bouquet soutenu, dominé par le miel. Corsé et puissant, avec beaucoup de gras en bouche, ce grand vin qui n’est pas à la portée de toutes les bourses, accompagnera à merveille un homard finement cuisiné.

Côtes du Rhône rouge 2009 (code SAQ : 259721 ; 18,25$)
Expressif avec ses notes légèrement poivrées (55% de syrah), voici un vin de négoce à redécouvrir, très agréable au nez comme en bouche, et issu d’une sélection de raisins très pointue.

Crozes-Hermitage 2007 (code SAQ : 739243 ; 24,70$)
Couleur encore bien présente pour ce vin de syrah aux jolis mais délicats arômes de poivre noir. Au rayon des saveurs, la petite note végétale m’a quelque peu gêné. Il faudra toutefois surveiller l’arrivée du 2009, dont on dit qu’il est excellent !

Saint-Joseph 2008, Vignes de l’Hospice (code SAQ : 11644848 ; 81,00$)
Belle expression de la syrah dans laquelle se mêlent finesse et puissance, charpente et subtilité, avec des tanins très fins. Un vin superbe et pas donné pour l’appellation, mais que c’est bon ! On en a redemandé ! Le 2009 est près de 10% plus cher.

Hermitage 2005 (code SAQ : 10220875 ; 78,00$)
D’une belle couleur, ce vin de syrah est très classique avec ses notes de cassis, de réglisse et d’épices douces. De la finesse en bouteille à prix abordable pour un vin qui a déjà sept ans.

Côte-Rôtie La Mouline 2008 (code SAQ : 11180668 ; 320,00$)
Après un élevage en pièces neuves de 42 mois, le vin nous arrive dans le verre avec beaucoup de classe et d’intensité, tant dans la robe, que le nez et la bouche. La mouline, c’est la côte blonde (sols siliceux de couleur claire) sur un petit hectare de terrasses plantées de très vieux ceps de syrah (environ 75 ans) et d’un peu de viognier. La rareté (3000 bouteilles en 2008) explique en partie le prix….

Côte-Rôtie La Turque 2008 (code SAQ : 11180916 ; 320,00$)
Une grande puissance et beaucoup de complexité caractérisent ce merveilleux nectar doté de tanins magnifiques. L’âge moyen des vignes est plus bas que le précédent (25 ans environ) mais cette cuvée issue de petits rendements possède un potentiel de garde indéniable. La Turque vient d’une côte brune (sols argileux riches en oxydes de fer) installée sur moins d’un hectare. Dans ce cas ci également, la rareté explique en partie le prix….