Deux semaines dans les Highlands, à la découverte des single malt

Tous les œnophiles qui voyagent vous diront combien les sites viticoles sont généralement splendides et ils ont raison. Et c’est aussi parfois le cas pour les paysages qui servent d’écrin à des régions connues pour d’autres boissons que le vin. Je pense aux vergers de Normandie par exemple, surtout si l’on se trouve au moment des pommiers en fleurs. Pour le whisky, il en est tout autre avec les champs de seigle, d’orge ou de maïs. Pour les panoramas à couper le souffle, on repassera. Toutefois, lorsqu’il s’agit de découvrir les Highlands, ces terres où naît le scotch, chargées d’histoire et empreintes de mystère, il en va tout autrement. Bienvenue sous les brumes mystiques de l’Écosse.

Les Highlands
Avec Édimbourg pour capitale, ses grandes villes comme Glasgow, Aberdeen ou Inverness, et ses points de vue magnifiques, l’Écosse reste une destination de premier choix. Certes, on ne va pas dans ce coin du Royaume-Uni pour se dorer au soleil et se baigner dans des eaux chaudes et turquoises, mais plutôt pour découvrir des lieux féeriques composés de lacs (lochs), de rivières, de bords de mer, de montagnes et de forêts.
J’ai parfois eu l’impression d’être en Nouvelle-Zélande (avec ses îles et ses moutons), mais aussi en Gaspésie, dans les Laurentides ou sur les côtes bretonnes. Et c’est dans ce décor naturel, principalement dans ces Highlands, la plus grande partie située au nord d’Édimbourg et de Glasgow, que la route touristique est parsemée de distilleries aux noms évocateurs.
Pour faire le tour le plus complet des Highlands en deux semaines, j’ai décidé au préalable de séjourner deux ou trois nuits par étape. C’est ainsi qu’à notre arrivée à Édimbourg, directement de Roissy-Charles de Gaulle (après un séjour de 2 semaines en France) ce fut la prise de voiture de location, à transmission automatique afin de bien se concentrer sur la conduite à gauche, le volant à droite. Direction Glasgow où l’on va se familiariser avec ce nouvel environnement, de l’accent écossais aux horaires des magasins, en passant par le petit déjeuner généreux, le black pudding et les cinq bières que l’on goûte en soirée dans un pub avant de choisir sa préférée.
Et puis direction l’Argyll et Oban, petite ville portuaire charmante connue pour ses fruits de mer et le scotch qui porte son nom, avant de descendre plus au sud à Campbeltown, dans le Kintyre, visiter la Sprinkbank Distillery.
En remontant vers le nord, c’est de Kennacraig que l’on embarquera pour Port Ellen, sur l’île d’Islay (prononcer Aïe-la). Après plus de deux heures de traversée, la plus méridionale des îles Hébrides intérieures vous accueille avec ses plages et sa diversité ornithologique, mais aussi avec ses huit distilleries, et non des moindres. Connus pour leurs notes fumées et tourbées, les single malts aux accents iodés de Bowmore, Lagavulin (sans contredit un de mes préférés), Laphroaïg, Ardbeg, Bruichladdich, Bunnahabhain, Kilchoman et Caol Ila ne laissent pas indifférent l’amateur à la recherche de sensations fortes. On profitera, si le temps le permet, de son séjour à Islay, pour se rendre ensuite sur l’île de Jura, toute proche, où se côtoient en toute harmonie le cerf rouge (entre 3500 et 4500 têtes) et l’habitant (à peine 200). Visite de la distillerie Jura à Craighouse.

Isle of Skye
Retour sur la terre ferme puis direction Fort William, un des centres d’intérêt du tourisme écossais puisque la petite ville est installée au pied du Ben Nevis, point culminant du Royaume-Uni avec ses 1344 mètres, et base de départ pour de nombreuses randonnées, autour du loch Linnhe, et Glencoe sur le loch Leven.
Je suggère de se diriger ensuite vers le petit port de Mallaig pour rejoindre l’île de Skye en traversier, en moins de trente minutes. C’est l’esprit même de l’Écosse gaélique qui s’exprime sur cette île du bout monde, fouettée par les vents, et sans aucun doute plus belle sous la pluie et ces brumes qui lui donnent une aura de mystère. En se rendant à Carbost, où se trouve Talisker, une des distilleries les plus réputées du pays, et dont la visite est très enrichissante, on traverse des paysages lunaires impressionnants.

Eilean Iarmain Hotel et le Té Bheag
C’est au sud de l’île de Skye que j’ai cru un instant me retrouver près de Pont-Aven, une région du Finistère sud de ma jeunesse, en Bretagne. En séjournant à l’hôtel Eilean Iarmain, on a droit à un deux pour un exceptionnel. Non seulement, dans un décor de rêve, l’accueil, le logement et la cuisine sont de très haute qualité, mais c’est là, à vingt mètres de la chambre, que se trouve le siège officiel du scotch 100% gaélique, le Té Bheag (prononcer tché vek), rare blend au pays des single malts, un savoureux scotch d’initiés pourtant disponible facilement dans la plupart des magasins de la SAQ (pour un ou deux dollars de plus que sur place…). Avec sa proportion de single malt dans sa composition, le Té Bheag se caractérise par des fragrances délicatement fumées, d’une fort agréable suavité en bouche et d’une persistance étonnante. Un de mes coups de cœur !

Le Speyside
En quittant l’île de Skye, en direction d’Inverness, on ne pourra manquer à mi-chemin le loch Ness, long de 35 kilomètres, joli mais il y a mieux ailleurs, et un peu trop exploité à mon goût pour son tourisme de masse. Saluons toutefois au passage le génie des Écossais à faire de l’argent avec des personnes qui viennent dépenser le leur pour tenter d’apercevoir quelque chose qui n’existe pas. Bravo ! C’est en arrivant à Forres ou à Elgin que l’on s’apprête à prendre la grande route du Whisky. En effet, la concentration en distilleries est telle qu’il est idéal de se loger entre ces deux villes, et Rothes, Dufftown ou Craigellachie, qui se trouvent au centre de ce Speyside, une jolie région de collines et de vallons traversée par plusieurs rivières, dont la Spey qui lui donne son nom. Le climat est idéal pour la culture de l’orge, et les eaux douces qui coulent sur des landes couvertes de bruyère ou sur des roches granitiques vont jouer un rôle primordial à chaque étape de la production des fameux whiskies. Contrairement aux single malts de l’ouest et des îles, ceux du Speyside sont reconnus pour leur délicatesse et l’élégance, avec le plus souvent une touche florale et miellée. Le mot glen, qui signifie vallée, prend toute son importance quand on apprend les caractéristiques d’un endroit par rapport à un autre. C’est ainsi que verre à la main, on pourra tenter de deviner les nuances entre un Glenlivet et un Glenfiddich… Voir ma liste, non exhaustive, des distilleries de la région, avec en gras celles qui me semblent incontournables, et que j’ai eu la chance, pour plusieurs d’entre elles, de visiter.
Après 3 ou 4 jours de dégustations intensives, il sera judicieux de prendre congé des alambics et, avant le retour à la maison, de se rendre à Édimbourg visiter cette ville magnifique, avec son château qui surplombe un parc dans lequel on pourra déambuler en pensant à la part des anges (Angels’ Share), cette quantité de scotch évaporée dans le ciel écossais que les angelots se partagent goulûment.

Les principales distilleries du Speyside
Aberlour, Balmenach, (The) Balvenie, Benriach, Benromach, Cardhu, Cragganmore, Craigellachie, Dallas Dhu, Dalwhinnie, Glenallachie, Glendronach, Glendullan, Glen Elgin, Glenfarclas, Glenfiddich, Glen Grant, (The) Glenlivet, Glenmoray, Knockando, Linkwood, (The) Macallan, Miltonduff, Mortlach, Strathisla, Tamdhu, Tomintoul.

Des suggestions
Glasgow : Kelvingrove Art Gallery Museum, Riverside Museum ; un bon resto : Stravaigin.
Oban : Distillerie Oban ; deux restaurants : Waterfront et Ee-Usk.
Entre Oban et Fort William : Castle Stalker, tout près d’Appin.
L’île d’Islay : Islay Woolen Mill (un des plus anciens ateliers de tissage), Portnahaven, plus les distilleries.
L’île de Skye : Eilean Iarmain Hotel et Pràban na Linne (Té Bheag), ainsi que la distillerie Talisker.
En quittant l’île de Skye, par le pont, on ne manquera pas de visiter Plockton, sur les bords du loch Carron, et à Dornie le Eilean Donan Castle.
Speyside : Brodie Castle (près d’Elgin), Lossiemouth au bord de la mer, Ballindalloch Castle près de Craigellachie, Huntly Castle, plus les nombreuses distilleries.
Édimbourg : Le Château, Palace of Holyroodhouse, National Museum of Scotland, National Gallery of Scotland, Royal Botanic Gardens ; nombreux pubs dont le Deacon Brodie’s Tavern.
*Attention : rouler en écosse ne se calcule pas en kilomètres, mais en temps. Deux exemples : de Glasgow à Fort William : 185 kms mais 3h 20 ; du Speyside à Édimbourg : 240 kms mais 4h 30 environ.

Blend et Single Malts
Le scotch, par définition, est un whisky écossais dont l’existence remonte à la fin du XVe siècle. Au début, il s’agissait de single malts, quoique bien différents de ceux d’aujourd’hui. Puis vint rapidement la tradition de les mélanger (to blend), d’où les mots blend et blended. C’est le cas des marques connues aujourd’hui dans le monde sous le nom de Chivas, Johnnie Walker, Ballantine’s, J&B, Cutty Sark, Grand Macnish, Dewar’s, etc. Quant aux single malts, aujourd’hui recherchés par nombre d’amateurs et de connaisseurs, il s’agit de whiskies élaborés uniquement à partir d’orge maltée et provenant d’une seule distillerie. Il faudra attendre le début des années 1970 pour faire connaissance avec ce magnifique élixir, quand la distillerie Glenfiddich lancera le premier single malt véritablement commercial.