Classe de maître

Rencontrer Michel Rolland, l’œnologue de tous les continents, n’est jamais anodin. Et passer quelques heures avec lui à échanger et déguster de bons vins peut s’avérer un moment exceptionnel comme ce fut le cas dernièrement. Pourtant, cela n’a pas été toujours aussi simple. Sa soudaine notoriété, dans les années 1990, semblait le rendre inaccessible, et ce n’est pas le film Mondovino – que j’ai personnellement toujours considéré comme pas très bon, démagogique, et desservant à toutes fins utiles le monde du vin – qui allait arranger les choses. Pourtant, c’est à ce moment que nous avons peut-être changé notre regard sur ce personnage qui n’avait pas bien vécu sa participation à ce documentaire dans lequel, pour ne pas dire le piège, il était tombé. Quelques années plus tard, le bonhomme semble avoir trouvé le chemin d’une certaine sérénité, et nul doute que son livre, Le gourou du vin (Éditions Glénat), dans lequel il met les points sur les I et règle quelques comptes avec l’élégance qu’on lui connaît, lui a permis d’y accéder. 

Dégustation
Rieur, la langue bien pendue mais le verbe jamais trop haut, Michel était en verve et dans une forme exceptionnelle. Après 40 ans d’expérience et d’aventures viti-vinicoles de par le monde, il a su, à travers ces quelques vins dont ils dirige les vinifications et les assemblages, employer les mots les plus simples pour expliquer ce qui est parfois bien compliqué en matière d’œnologie. Peut-être aussi que le nouveau classement des grands crus classés de Saint-Émilion, annoncé le matin même et qui semblait le réjouir, le prédisposait à un dialogue formateur et sans façon.

 

Vins distribués par le Groupe Grands Chais de France ou en propriété par le biais de Crus et Domaines de France (millésime 2009) :

Château la Grande Clotte, Lussac St-Émilion
Bien jolie robe ; sur la framboise au nez comme en bouche, moyennement tannique, très agréable. Des vieilles vignes et une vinification sans faille, et une mise en bouteille précoce après un court élevage en cuve uniquement.

Château Lestage Simon, Haut-Médoc
Belle robe assez soutenue pour ce cru bourgeois. Sur les fruits rouges et moyennement expressif. Assez structuré grâce à la présence du cabernet sauvignon (35%). Prix raisonnable : 27,05$.

Château Faizeau, Montagne St-Émilion
Nez de fruits noirs, légèrement toasté et torréfié (il a passé près de deux ans en fût de chêne). Rondeur et fraîcheur se retrouvent dans ce vin qui est une des valeurs sûres de l’appellation !

Château Cantin, St-Émilion Grand Cru
Le 2009 m’a laissé sur ma soif. Heureusement que le 2010 est arrivé à sa rescousse, d’une robe intense et profonde, précis et plus harmonieux (35,25$).

Château du Bois Chantant 2010, Cuvée Laurence H, Bordeaux Supérieur
Vin tout en souplesse d’un beau fruité, grâce à des vignes de plus de 20 ans, une forte présence de merlot (90%) et des tanins bien mûrs. Bon achat à ce prix 17,95$).

 

Propriétés famille Rolland (millésime 2009) :

Château Bertineau Saint-Vincent, Lalande de Pomerol
Beau vin aux notes florales et de fruits rouges bien mûrs, avec en bouche des saveurs d’épices douces. Élégance et fraîcheur dominent dans ce cru aux tanins satinés, élevé 12 à 15 mois en fût, dont 10% de chêne neuf. Importation privée (autour de 45$).

Château Rolland-Maillet, St-Émilion Grand Cru Classé
Belle expression du terroir de St-Émilion, avec l’acidité, la matière et des tanins soyeux (75% de merlot). À 35,50$, on peut acheter sans se tromper.

Château Fontenil, Fronsac
C’est vrai qu’il est beau avec sa robe chatoyante, juteux et savoureux avec ses tanins dodus, mais il n’est pas donné ce fronsac (61$ en importation privée).

Château Le Bon Pasteur, Pomerol
Pas donné non plus (115$) mais on y trouve tout ce que Michel Rolland aime donner à ses cuvées quand le terroir s’y prête : volume, rondeur, finesse et longueur dans un vin sphérique aux arômes invitants de tabac et d’épices douces et sensuelles.